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Le Compagnonnage et la nécessité du maître


Dieu dit dans le Coran: « Ô vous qui croyez ! Craignez Allah et soyez avec les véridiques » (Sourate Tawbah, v. 119)

Abou Hurayra, que Dieu l’agrée, rapporte : Le Prophète, que la paix et la bénédiction de Dieu soient sur lui, a dit : « L’homme suit la religion de son compagnon. »
Ibn Abbas, que Dieu les agrée tous les deux (Ibn Abbas et son père), rapporte : « Quelqu’un demanda : « Ô Prophète, quelle est la meilleure personne auprès de laquelle on s’asseoit ? Il dit : « Celui dont la vue vous rappelle Dieu, dont les paroles ajoutent à votre science et dont les actes vous rappellent l’au-delà. »

Le compagnonnage est un pilier important pour tous les musulmans qui cherchent à améliorer leur religion, leur caractère et leur comportement. Car, le compagnonnage apporte d’innombrables bienfaits et c’est pour cela que de tous temps, le compagnonnage a été et est resté le pilier principal de toute personne sincère qui cherche à cheminer sur la voie de Dieu.
 
Ibn ‘Ata Allah Al-Iskandari a dit : « Gloire à Celui qui ne guide certains aspirants vers Ses amis (c’est-à-dire les Saints de Dieu), que parce que ceux-ci sont les guides vers Lui, et qui ne fait parvenir jusqu’à eux que ceux qu’Il veut faire arriver jusqu’à Lui. »
Il a dit aussi : « Ne prends pas pour compagnon celui dont l ‘état ne te stimule pas et dont les paroles ne te montrent pas la voie de Dieu. »

La stimulation de l’état se produit quand le disciple se rattache à Dieu en se détachant des créatures et de toutes les envies passionnelles. Grâce au compagnonnage, l’état du disciple est encouragé à s’orienter vers Dieu.

Peu à peu, il devient conscient de la puissance de Son Seigneur, il ne compte que sur Lui dans ses demandes, il se rend compte de l’incapacité des créatures à l’atteindre. Ainsi, le disciple se met à agir conformément à la Loi divine (as-sharî’a) d’une manière complète et équilibrée. C’est là la caractéristique des Gens de l’Unité (muwahidîn) et des Connaissants (‘ârifîn).

 
La nature de l’âme humaine est de s ‘imprégner de celui qu’elle prend pour modèle. Si le modèle est bon, l’âme tend à être bonne. Tout le secret du compagnonnage est là. Le murid, grâce à la présence d’un Maître Spirituel véridique, se pare des qualités de son Maître, comme la sincérité de l’orientation vers Dieu, le bon caractère envers Dieu et Ses créatures, l’amour de Dieu, de son Prophète-sur lui la paix et le salut- et de toutes les créatures.

A l’inverse, la fréquentation de ceux qui ne possèdent pas une sincérité du cœur exemplaire, qui sont encore marqués par des vices apparents et/ou cachés, ne peut apporter à celui qui les accompagne que l’acquisition et la persistance des mêmes souillures.

 
Certains soufis ont écrit : « Ne prends pour compagnon que celui chez qui l’estime qu’il a pour toi n’augmente pas en fonction des biens que tu possèdes, et chez qui l’estime qu’il a ne baisse pas à cause du mal que tu fais. Tout cela est pour toi ou contre toi, et tu es pour lui toujours le même. »
D’autres ont dit : « Soit avec les gens de ce monde avec le respect, soit avec les savants de l’au-delà avec la science, et soit avec les Connaissants de Dieu comme bon il te semble. »
C’est-à-dire, en usant de tout ce qui te semble bon à leur égard, en leur témoignant tout le bien et tout le respect qu’il t’es possible de leur donner.

 
Sayyiduna ‘Ali -que Dieu l’agrée- a dit aussi : « Le pire des compagnons est celui qui te fatigue à la besogne. »
Pour les gens de Dieu, le meilleur compagnon est celui qui t’indique l’œuvre qui va te purifier des vices de ton âme et te rappeler Dieu, et non le moyen de te fatiguer inutilement.
Tel est le rôle du Maître spirituel qui conseille des pratiques qui sont d’un bénéfice immense, mais qui peuvent sembler lourdes et difficiles pour le débutant. Plus tard, quand il se sera rendu compte de leur importance, il sera le premier à les accomplir.

Dans ce sens, un poète soufi déclame :

« J’aime parmi les frères tous ceux qui sont conciliants,

Et tous ceux qui détournent le regard de mes égarements.

Ils sont enchanté de tout ce qui me procure des bienfaits,

Et ils ne me trompent ni durant ma vie, ni après.

Ô si j’avais pu trouver ceux qui ont ces belles qualités,

Je leur aurais donné les faveurs  que j’ai reçu avec libéralité. »

 
Les Soufis sont les dépositaires des vérités divines et des connaissances que nuls autres n’ont égalé. Grâce à leur compagnie, se réalise le profit de celui qui se joint à eux.
Une analogie peut être tracée avec le marchand de parfum. Lorsque le passant s’arrête à son magasin, il est forcément touché par les bonnes odeurs et il garde cette senteur sur lui, même après son départ. La compagnie des gens de Dieu parfume le disciple et le pare de toute la noblesse, la beauté d’un cœur qui rayonne. Cette proximité transforme le cœur et le comportement plus profondément encore que la prière ou le jeûne surérogatoires.

Sidi Abu Al Abbas Al Mursi – que Dieu l’agrée – s’est exclamé : « Que faire de l’alchimie ! Par Dieu, j’ai été en présence d’hommes qui, quand ils passent devant un arbre asséché et qu’ils se désignent du doigt, l’arbre reprend vie et a tôt fait de donner des fruits. »

Il affirma aussi : « Par Dieu ! Il suffit qu’il n’y ait entre moi et un homme qu’un regard pour que je l’enrichisse. »
Son Maître, Sidi Abu Al Hassan As-Shadili – que Dieu l’agrée – a dit : « Abu Al Abbas, c’est l’homme parfait. Par Dieu, il lui vient un bédouin qui urine encore sur ses jambes et, quand le soir arrive, il l’a déjà fait parvenir jusqu’à Dieu. »

 
Autres paroles des Saints sur la compagnie du Maître spirituel :

 
Sidi Ibn Abbâd de Ronda a écrit dans ses explications des Sagesses de Ibn Ata Allah Al-Iskandari –que Dieu les agrée tous deux - : « Il est indispensable pour le disciple, dans cette voie, d’accompagner un Maître spirituel accompli qui le guide, qui a achevé l’éducation de sa propre âme et qui s’est débarrassé de ses passions. Qu’il abandonne son âme à lui et qu’il s’astreigne à accomplir ce qu’il demande et qu’il se dirige vers lui sans doute, ni interprétation, ni hésitation. Les soufis ont dit : "Celui qui n’a pas de Maître, Satan est son Maître." »

Abu Ali Athaqafi – que Dieu l’agrée – a dit : « Même si un homme se met à rassembler toutes les sciences et à côtoyer toutes les catégories de gens, il n’atteindra ce qu’ont atteint les Hommes de Dieu que par l’exercice spirituel en compagnie d’un Maître spirituel et Imâm ou d’un éducateur qui peut le conseiller. Et celui qui ne prend pas son éducation de celui qui ordonne le bien et interdit le mal, qui corrige les défauts de ses actions, les vices de son âme et qui sera son miroir fidèle, celui-là ne peut être pris comme exemple pour la purification des états. »

Sidi Abu Madyan – que Dieu l’agrée – a dit : « Celui qui ne prend pas la bonne éducation chez les éducateurs, celui qui le suit s’éteint. »

L’auteur des Lataif al Minan a dit : « L’exemple doit être pris chez le Saint dont Dieu t’a montré l’existence et dont il t’a fait part des secrets de son cœur et de la place qu’il a auprès de Lui. Par cela, Dieu a placé ton regard au-delà de son enveloppe humaine, en présence du secret de son élection. Ainsi, tu as pu t’abandonner à lui, il t’a fait parcourir les chemins de la sagesse et de la maturité spirituelle. Il te connaît avec tous les traits, les caractéristiques de ton âme, ce qu’elle contient.

Il t’enseigne l’union avec Dieu et l’éloignement de tout ce qui est autre que Dieu. Il t’accompagne sur le chemin jusqu’à ce que tu arrives à te prémunir de tous les choix répréhensibles que ton âme serait tentée de faire. Par la connaissance de ton âme, tu pourras t’en éloigner et ne pas la suivre dans ses égarements ; par la connaissance du don de Dieu, tu auras la volonté de retourner à lui et d’être reconnaissant envers Lui et d’accepter de rester de longues heures en Sa Présence. »

Le même auteur a écrit aussi : « Ton Maître n’est pas celui de qui tu as entendu des paroles, ton Maître est celui de qui tu as pris. Il n’est pas celui qui te parle, il est celui dont l’indication coule en toi. Il n’est pas celui qui t’a fait parvenir à la porte, il est celui qui a levé le voile entre toi et lui. Le Maître n’est pas celui dont les paroles t’atteignent, ton Maître est celui dont l’état te stimule. C’est lui qui t’a fait sortir de la prison de tes passions et t’a fait entrer dans la Présence du Seigneur. Il est celui qui, en permanence, poli le miroir de ton cœur jusqu’à ce que les Lumières Seigneuriales s’y reflètent. Il t’a emmené vers Dieu et tu es allé vers lui, il t’a emmené jusqu’à te faire parvenir jusqu’à lui. Il reste en permanence à tes côtés, jusqu’à ce qu’il te remette en Ses Mains. Il t’a alors plongé dans les Lumières de la Présence Divine et dit "Te voici et Ton Seigneur". »

 


 
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