Le célèbre hadith de Jibrîl transmis par ‘Omar ibn al-Khatâb est, distinguant les trois piliers de la religion, se termine par cette parole de l’Envoyé d’Allah ‘’ Jibrîl est venu vous enseigner votre religion.’’ (fa’annahu Jibril ‘âtakum ya’alamukum dînakum).
 
1- L’Islam

Il est le coté pratique, celui des actes concernant les ‘ibadat (actes cultuels), et les mu’âmalat (les relations). Son objet concerne les actes corporels et extérieurs ; c’est cela qui constitue la chari’ah et dont les spécialistes se nomment foqahas.


 

2- L’Iman ou la Foi
           
C’est la face concernant les convictions du coeur (al-’îtiqadî al-qalb) tels que la Foi en Allah, en ses anges, aux Livres, aux Envoyés, au jour dernier, aux décrets et aux arrêts divins (al qadâ wa-l qadar), quant aux spécialistes de ce domaine ce sont les savants en l’unicité divine (‘ulamâ’ al-tawahid).


 

3- Al-Ihsan

C’est la face spirituelle du coeur qui est définie par cette parole: ‘’Adore Allah comme si tu Le vois ; et si tu ne Le vois pas, Il te voit’’ (‘an ta’abuda Allah ka-annaka tarahu, fa-in lam takun tarahu, fa-innahu yarak). Et cela concerne les états spirituels (ahwâl) et les goûts intuitifs (adwaq), les stations de la connaissance, les sciences données [par Allah]. Ce domaine est celui de la Vérité (haqiqat) et les spécialistes de celui-ci sont les Soufis.


 



 

Pour éclairer le lien entre chari’ah et haqiqah, on peut prendre l’exemple de la prière. Son accomplissement consiste en mouvements et actes extérieurs ainsi que l’observance de ses principes (ahkâm), tel que le takbir… ; et de ses conditions (shurût), tel que les temps (al-awqât) et tout ce que la loi prescrit en ce domaine. Il s’agit du domaine de la chari’ah et c’est le corps de la prière. Tandis que la présence du coeur durant la prière est le coté de la haqiqat  ; c’est à dire l’esprit de la prière.


 



 

Les actes de la prière sont donc le corps de celle-ci, et l’humilité (al-khusû’) en est l’esprit. Quel intérêt a le corps sans l’esprit ? Et comme l’esprit a besoin du corps pour s’acquitter (rituellement) de ses obligations ; le corps a besoin de l’esprit, et c’est ainsi que Allah a dit : ‘’Dressez la prière (aqîmû’ al-salât) et donnez la zakât’’. Et il n’y a pas d’iqâmat si ce n’est pas le corps et l’esprit.


 

Aussi nous comprenons que le lien entre chari’ah et haqiqah est semblable à ce qui unit le corps et l’esprit. Le croyant parfait est celui qui réunit chari’ah et haqiqah. Et c’est vers cela que les soufis orientent les hommes, suivant les traces de l’Envoyé d’Allah et des compagnons.


 



 

La réalisation de cette station (maqam) d’union entre chari’ah et haqiqah est élevée. C’est la perfection de la foi. Ceci n’est possible que par la voie initiatique (al-sulûk), c’est à dire  la tariqa qui est un combat contre l’âme (mujâhada al-nafs), l’effacement des attributs blâmables par les qualités nobles, et la progression initiatique à travers les stations spirituelles en compagnie d’un guide spirituel (al-murshîd). Car ce dernier est un pont liant la shari’ah et la haqiqah.


 

Al-Jurgânî a dit dans ses ta’rifât: ‘’ La tariqâ est le chemin initiatique des aspirants (salikîn) à Allah à travers les demeures et les stations spirituelles.’’


 



 

La chari’ah est le fondement, la tariqâ le moyen et la haqiqah le fruit. Ces trois choses se complètent avec harmonie ; qui s’attache à la première (la chari’ah) sera conduit vers la seconde (la tariqâ) et obtiendra la troisième (la haqiqah). Il n’y a pas entre elles d’opposition ou de contradictions. C’est pourquoi les soufis ont dit: ‘’Toute vérité (haqiqah) qui s’oppose à la loi (chari’ah) est hérésie (zandaqa)’’. Et comment cela serait-il possible puisque la haqiqah est le résultat de la pratique de la chari’ah.


 

Sidi Ahmed Zarrûq a dit: ‘’Il n’y a pas de tasawwuf sans fiqh ; car il n’est pas possible de connaître les lois divines sauf par le fiqh. Et il n’y a pas de fiqh sans tasawwuf car les actes ne valent que par la sincérité (sidq) et l’orientation intérieure vers Allah. Et tous les deux (fiqh et tassawwuf) supposent la Foi ; ni l’un ni l’autre n’est sain (sahih) sans l’autre. Le fiqh et le tasawwuf sont liés dans le principe, comme sont liés le corps et l’esprit ; et l’un n’a pas de sens sans l’autre.


 

 


 

L’Imam Malik a dit: ’’Celui qui pratique le tasawwuf sans le fiqh est un hérétique (zandîq) et qui pratique le fiqh sans tasawwuf est pervers (fasîq). Et celui qui  les unit entre eux est le parfait réalisé (tahaqaqa).


 

- Le premier est hérétique car il isole la vérité de la loi, et il affirme la prédestination (totale) ; sans que l’homme ait le libre arbitre dans l’exécution de ses actes. Il est comme l’exemple de celui dont on a dit: ‘’On l’a jeté dans la mer les mains liées et on lui a dit de ne pas se mouiller.’’ Cette attitude a l’égard des statuts de la Chari’ah et des actes qui lui sont liés, revient à les vider de leur sens.


 

- Le second est pervers (fasîq) car il n’ouvre pas son coeur à la lumière de la piété (nûr al-taqwa), et au secret de l’intention pure (ikhlâs). Il n’exerce pas la vigilance (murâqaba) ni l’examen de soi (mahâsaba) afin de s’éloigner du péché et de s’attacher à la Sunnah.


 

- Quant au troisième, qui unit les piliers (arkân) de la religion selon les termes du hadith de Jibrîl, il est le réalisé parfait.’’


 



 

Tout comme les savants de l’extérieur préservent les principes et les limites de  la Chari’ah, les soufis préservent les disciplines de la religion et son esprit. Et comme les savants de l’extérieur ont permis par l’effort juridique (al-ijtihad) la déduction par les preuves des fondements (al-hudûd) et des branches (al-fûrû’) et par l’analyse les statuts des actes du serviteur ; rejetant tout ce qui est sans fondement scripturaire ; les connaissants par Allah ont déduit les règles et les convenances spirituelles ainsi que les méthodes d’éducation spirituelle pour les muridîn et les salikîn.


 

C’est ainsi que les vertueux anciens et les soufis sincères se sont réalisés (spirituellement) par la vraie servitude ; car ils ont unis shari’ah, tariqâh et haqiqah, et ils sont devenus des êtres guidants les hommes sur le droit chemin.


 



 

Lorsque la religion se vide de sa vérité, ses fondements s’occultent, ses  membres c’est à dire les sciences, se dessèchent, et son fruit, c’est à dire les nobles qualités (makârim akhlâq) se corrompent.


 



 



 

Equipe Saveurs Soufies