alt

De toutes les religions révélées, c’est en Islam que la distinction entre la sharia et la haqiqa est la plus marquée. Cette distinction n’est point une opposition, mais une complémentarité qui valorise la religion islamique et lui donne son authenticité par rapport à la tradition primordiale, le « Din El Qayyim » qui est la religion éternelle, celle de tous les prophètes depuis Adam jusqu’à Mohamed et (PSL).

La Shari’a est l’ensemble des lois islamiques qui gèrent les rapports des musulmans entre eux, et entre les musulmans et les non musulmans. Elle concerne tous les aspects de la vie quotidienne, au niveau social, économique, politique…

Elle garantie une stabilité dans la société et une cohabitation paisible entre les gens dans le respect d’autrui quel qu’elle soit sa religion. On peut évoquer l’exemple des juifs qui ont vécu en paix et en tout respect de leur religion dans les pays musulmans. Et aussi les chrétiens au moyen orient. Elle est aussi, il faut le dire, le récipient de la Haqiqa. Son respect est la condition de la véracité de la Haqiqa.

 

La haqiqa est, quant à elle, une quête perpétuelle de la vérité absolue symbolisée par la formule initiatique « La illaha illa Allah ». Le Prophète (PSL) avait dit que c’était la meilleure parole qu’il avait prononcée, ainsi que tous les prophètes qui l’avaient précédé. Ainsi, la haqiqa n’est pas une spécificité de la religion islamique dans son sens restreint historique, mais une réalité qui englobe toutes les religions révélées par les prophètes qui étaient incontestablement musulmans, c’est à dire soumis à la volonté divine, comme l’indique l’étymologie du mot « Mouslim ».

On symbolise souvent la sharia et la haqiqa par l’écorce et le noyau, ou par la roue, dont le moyen est le centre, les différents rayons sont les multiples Tariqas, et la circonférence est la sharia. Ainsi pour accéder au centre qui représente la haqiqa, il faut passer par un rayon qui y conduit, à la condition que ce rayon soit intact et continu. En effet, beaucoup de Tariqas ne sont plus reliés au centre de la spiritualité qui est symbolisé dans le vocabulaire soufi par le « QOTB ». L’âme et le corps du « Tasawuf » étant la complémentarité sharia haqiqa, son but principal sont la connaissance divine. Cette connaissance est la métaphysique dont le sens traditionnel n’est pas dans le concept philosophique des modernes. En effet, ces derniers ont réduit toutes les vérités à des spéculations bâties sur des thèses, des hypothèses et des théories aboutissant à des systèmes de pensées individuelles nécessairement limitées au champ de compréhension de leurs auteurs.

La haqiqa dont il s’agit dans le Tasawuf est une vérité immuable qu’il s’agit de réaliser par la compréhension juste et l’identification par les actes et les pensées. En aucun cas, elle ne peut être le fruit de la réflexion rationnelle, car elle est supra-humaine. La haqiqa et la sharia ne peuvent jamais entrer en conflit car leurs domaines d’application sont différents puisque la première régit l’Intérieur des croyants et la seconde l’Extérieur. La Haqiqa est la science des âmes qu’elle guérit des maladies pour les parfaire afin de les rendre plus aptes à recevoir les lumières divines et la connaissance véritable. La sharia est la science des corps qu’elle entretient par l’ordonnance du bien et l’interdiction du mal; par l’exhortation aux adorations, à la charité et à la perfection des mœurs.

Dans l’histoire musulmane, on relève des conflits ayant opposé des Faquihs à des maîtres soufis. Mais c’est sur l’initiative personnelle de certains Faquihs qui généralement défendaient leur autorité menacée par la notoriété des shoyoukh du Tasawuf.

Parfois, l’incompréhension des propos des maitres soufis par les savants de la Shari’a (ceux qui nient littéralement l’existence de la dimension ésotérique dans l’Islam), les a mené à s’attaquer aux maitres soufis, en considérants leurs propos comme contraires au sens littéraire du texte coranique.

Quant aux paroles paradoxales de certains Sheikhs que le vocabulaire soufi nomme « Shatahats », elles sont tout simplement classées, par ces savants, comme hérésies. Le cas le plus célèbre est sans conteste celui d’Ibn Taymiyya qui fut un rénovateur, un réformiste et un savant exceptionnel. Il avait étudié la philosophie grecque et les ouvrages des maîtres soufis qu’il considérait comme les plus sages et les plus pieux de la communauté ainsi qu’il l’a déclaré dans le livre où il a spécialement exposé ses vues sur le Tasawuf et la Sainteté : « El furquan bayna awliya errahmane wa awliya esshaytan ». Dans ce livre Ibn Taymiyya nous révèle que son auteur favori était Ibn Arabi El Hatimi, et qu’il a puisé des sciences incontestables et inestimables dans ses écrits. Mais qu’après avoir eu en mains « Fusus El Hikam », qui est une œuvre maîtresse d’Ibn Arabi, il s’est aperçu que ce genre d’ouvrage représente un danger et même un poison pour l’intelligence du commun des croyants.

Dans sa guerre contre les soufis, Ibn Taymiyya s’en prenait aux enseignants ésotériques qui risquaient de perturber les raisons simples des croyants vivant dans la quiétude du conformisme (TAQLID) et surtout contre les faux sheikhs et les faux dévots qui faisaient valoir des pouvoirs surnaturels afin de profiter de la crédulité des croyants. En vérité, comme beaucoup de maîtres soufis, Ibn Arabi El Hatimi interdisait ses ouvrages au commun qui n’avait pas le minimum de connaissances pour aborder ces enseignements réservés à l’élite engagée dans la voie initiatique, sous la conduite d’un guide spirituel authentique et confirmé.

Science et ouverture spirituelle : Loin d’être une mystique comme l’affirment sans cesse les orientalistes et ceux qui ont suivi leur démarche, le Tasawuf est une initiation effective de l’ordre contemplatif et actif à la fois. Le Tasawuf n’a de sens que quand il est un rattachement à une chaîne spirituelle initiatique qui remonte au Prophète (PSL). C’est la transmission de la bénédiction et de l’influence spirituelle qui active les potentialités et les virtualités de l’aspirant afin de les actualiser dans le domaine d’application propre défini par un Cheikh authentique.

Ghazali disait que la science peut être acquise par les livres, mais l’ouverture spirituelle ne peut être obtenue que par la bénédiction d’un Cheikh. Pour conclure, il est capital de savoir qu’en Arabe, la sharia est la voie large, étymologiquement parlant, alors que la Tariqa est le sentier étroit. La Haqiqa qui est le but recherché doit être abordé par les deux voies. En effet celui qui reste uniquement sur la voie large périphérique, tournera sans cesse autour du centre qui symbolise « la ville du savoir », c’est à dire le Prophète (P.S.L), qui disait : « je suis la ville du savoir et Ali en est la porte ». Pour pénétrer dans la ville, il faut s’engager dans le sentier qui aboutit au centre et que symbolise la Tariqa. Seydina Ali est effectivement la porte, car toutes les Tariqas ont eu pour fondateur un descendant de Fatima et de Ali Ibn Abi Talib, qui était le dépositaire de la science ésotérique. Ainsi Sidi Abdelkader Jilani, Ahmed Rifai, Ahmed Badawi, Ibrahim Dassouki, Aboul Hassan Shadili, Cheikh khalwati, Cheikh Senousis, Ahmed Tijani, Ahmed Idriss, Cheil El Khadim Cheikh Ahmadou Bamba