C’est à travers une longue succession d’éducateurs spirituels que la Tariqa al Qadiriyya s’est développée au Maroc. Plusieurs gnostiques vont à travers les siècles revivifier la tariqa al Qadiriyya qui va successivement adopter leur nom.

 Le premier d’entre eux est Abû’l-Hassan al-Shadili, disciple de ‘Abd al Salam Ibn Mashish dont l’enseignement remonte à Sidi Bû Madyan. Il est né près de Ceuta en 593/1193. L’influence de sa tariqa, connue sous le nom de Shadiliyya, s’est étendue de l’Afrique du Nord jusqu’au Hidjaz. Son enseignement soufi, essentiellement sunnite, s’inspirait de Jûnayd. Son deuxième successeur, Ibn ‘Atta Allah d’Alexandrie (mort en 709/1510) est l’auteur du fameux petit recueil de sagesses, les Hikam.

 

Un second mystique, l’imam al-Jazûli, va au IXe/XVe siècle, donner naissance à la Jazûliyya à partir de la tariqa Shadiliyya. Il est l’auteur du fameux opuscule de prières sur le Prophète (saw), Dala’il al-Khayrat (les signes des bienfaits). La zawiyya-mère du shaykh se trouvait à Afûghal, près de l’actuelle Safi. Mort empoisonné en 869/1465, al-Jazûli laissa une confrérie qui joua un rôle important dans la lutte contre les Portugais ainsi que dans l’avènement de la dynastie arabe des Saadiens. Son apport est fondamental dans l’expansion de ce que les historiens appellent le mouvement maraboutique.

 

A l’alliance des soufis et des juristes, on peut ajouter celle des shûrfa, descendants du Prophète (saw). De cette fusion entre les soufis et les shûrfa est née la dynastie Saadienne. Au niveau doctrinal, le poème didactique, Mûrshid al Mû’in de ‘Abd al-Wahab Ibn ‘Ashir, pose définitivement les bases du soufisme sunnite marocain. En effet, Ibn ‘Ashir s’appuie sur la ‘aqida (credo) de al-Ash’ari, sur le fiqh (droit) de Malik et le soufisme de Jûnayd. Ces trois doctrines religieuses représentent les trois niveaux constatés dans le hadith de Jibril et sont représentées socialement par une figure particulière. Le droit de Malik est représenté par le faqih (jurisconsulte), le credo de al-Ash’ari par le ‘alim (docte) et le soufisme de Jûnayd par le ‘arif (gnostique).

 

La tariqa al-Qadiriyya se développa jusqu’au XIXe siècle et porta d’autres noms. Parmi les grands restaurateurs du soufisme sunnite, on compte au Xe/XVIe siècle Ahmed Zarrûq qui institua la tariqa Zarrûqiyya.

 

Au XIe/XVIIe siècle, apparaît la tariqa Nassiriyya de Sidi Ahmed ben Nasser. Vers la fin du XIIe/XVIIIe siècle, apparaissent deux grands gnostiques : les shérif Mûlay al-Darqawi et Sidi Ahmed Tijani.

 

Le Djebel des Béni Snassen, devint le point de chute, du 12éme au 18éme siècle, des ancêtres de Sidi Hamza, originaires de l'Irak. Ce massif montagneux fut le témoin de grandes migrations arabes venues du Moyen Orient, ce fut ainsi, un point de rencontre entre arabes et berbères. La tribu des Beni Snassen est une fraction  de la grande famille berbère des Zénata, repoussée par la conquête arabe. Sidi Ali Qadiri, qui comme son nom l'indique est apparenté à Mulay Abd Al Qader Al Jilani, fondateur éponyme de la Qadiria, l'une des  grandes confréries soufies du monde musulman. Mulay Abd al Qader al Jilani fut considéré comme un pôle et un Secours en son temps. Originaire du Djilan (Iran), il mourut à Baghdad au 12éme siècle,  sa voie a rayonné partout dans le monde et notamment au Maroc.  

 

Sidi Ali Qadiri est le premier ancêtre arrivé au Maroc, il s'installe dans un village du massif des Béni Snassen où il construit sa zawiyya et commence à transmettre l'enseignement de la tariqa al Qadiriyya. A la suite d'une famine, qui s'abattit sur la région, sa zawiya devint un refuge pour les affamés à qui l'on servait du blé concassé, appelé tchicha; c’est pour cela qu'on le surnomme Sidi Ali le Butchichi. Autre version selon les hagiographes de la tariqa : un wali de la région aurait invité Sidi Ali et les convives à un repas. La Coutume consistait à servir la tchicha comme avant plat principal. Tous les convives se réservent pour les autres plats, seul Ali mange la tchicha à sa faim. Le wali déclara "c'est Butchich qui l'emporte", pour  dire que c'était lui le futur dépositaire de la baraka qu'il allait transmettre. Il s'agissait en réalité d'un concours spirituel afin  de faire reconnaître aux gens de la région son successeur spirituel. Les Béni Snassen ont alors reconnu l'autorité  des Butchich.