Ne considérez pas l'appel du messager comme un appel que vous vous adresseriez les uns aux autres. (24,63)

Ibn' Abbas – qu’Allah soit satisfait de lui - a dit: «révérer le Prophète (tu' azziru), signifie l'honorer (tujillûh).» Pour sa part, al-Mubarrid – qu’Allah soit satisfait de lui - a dit: «Le révérer signifie l'exalter outre mesure (tubâlighufi ta 'dhîmihi)»
Al- Akhfash – qu’Allah soit satisfait de lui - a dit: «C'est lui prêter assistance. »
At- Tabarî – qu’Allah soit satisfait de lui - a dit: « C'est lui apporter de l'aide (tu'inuh). »
On rapporte que lorsque ce verset fut révélé, Abû Bakr – qu’Allah soit satisfait de lui - dit au Prophète – paix et bénédiction sur lui - : «Par Dieu! Ô Envoyé de Dieu, je ne te parlerai désormais qu'à voix basse.»
'Umar décida également de ne s'adresser au Prophète qu'en murmurant, au point que le Prophète faisait répéter à maintes reprises. Suite à quoi, Dieu fit descendre: «Ceux qui parlent à voix basse devant l'Envoyé de Dieu sont ceux dont le coeur a été éprouvé par Dieu en vue [d'y mettre] de la piété. Ils obtiendront le pardon [de leurs fautes] et une immense rétribution.» (Sourate Al Hujurate, 49 verset 4)

Abu Hamid al-Ghazali rapporte qu'Abu Ja'far, Prince des croyants, a eu une vive discussion avec Imam Malik dans la mosquée du Prophète. Lorsque Malik le reprit en lui disant: « Ô Prince des croyants! N'élève pas la voix dans cette Mosquée, car Dieu a admonesté des gens en leur disant : " N'élevez pas la voix au-dessus de celle du Prophète "' Et Il a loué des gens en disant: " Ceux qui parlent à voix basse devant l'Envoyé de Dieu. .. " enfin, Il a fortement blâmé des gens en disant : la plupart de ceux qui t'appellent [Prophète] de l'extérieur de tes appartements ne réfléchissent pas. "
Devant ces paroles, Abu Ja'far s'humilia et dit : Abû ' Abdallah ! Dois-je m'orienter vers la Qibla pour faire mes invocations, ou alors me tourner vers l'Envoyé d'Allah ? » Alors Mâlik lui dit: «Pourquoi détourner ton visage de lui, alors qu'il sera ton Intercesseur et celui de ton père Adam auprès de Dieu le Jour du Jugement ? Au contraire, mets-toi en en face de lui (c'est-à-dire de sa tombe), et demande à Dieu de t'accorder son intercession. Dieu la lui accordera. Dieu a dit: « Si seulement lorsqu'ils se faisaient du tort à eux-mêmes, ils étaient venus (te voir) demander pardon à Dieu, et que le Prophète avait sollicité pour eux le pardon, assurément ils auraient trouvé auprès de Dieu une indulgence et une compassion totales. » (Sourate An Nissat,4 verset 64 )

Grâce à l’attitude des compagnons à l’égard du Prophète – paix et bénédiction sur lui - , nous avons l’exemple de l’attitude envers un bien-aimé d’Allah, parmi la famille du Prophète ou de ses compagnons. La valeur d’une telle magnification est soulignée dans le hadith qudsi : « Ni Ma terre ni Mon ciel ne Me contiennent, mais le cœur de Mon serviteur croyant Me contient. » Une parole d’un saint le résume en ceci : « Le cœur du croyant est le trône de Dieu ».

Les fuqaras dépositaires de cette lumière et de ce secret rivalisent dans le bon comportement dans la réunion, l’écoute et le suivi. Celui qui est sincère dans l’amour du Prophète – que la bénédiction et le salut d’Allah soit sur Lui – est sur ses pas, suit la Sunna, ses paroles et ses actes, s’imprègne de ses états, revêt ses nobles caractères. La mahabba irriguant celle des compagnons étant la même que celle des fuqaras, elle déborde du cœur et irrigue le corps et les membres, elle établit un lien de cœur à cœur entre les musulmans, les hommes et les peuples.

Rien n’est semblable à la compagnie des frères, des invocateurs et des bien-aimés d’Allah. Les fruits de l’invocation se reflètent par la relation et le service à l’autre en étant affectueux et attentif sans ostentation, préservant la dignité de tous, taisant les défauts de chacun. « Celui qui couvre les défauts de son frère musulman. Dieu couvrira les siens et celui qui traque les défauts de son frère, Dieu traquera les défauts et les démasquera même au beau milieu de sa maison. »

Comme les compagnons étaient remplis de crainte de Dieu, leur science du comportement et de l’adab augmente sans limite. « Celui qui s’humilie au fur et à mesure devant Dieu, Dieu l’élève au fur et à mesure » Comme les galets du lit d’un fleuve, les fuqaras à force de se frotter se polissent mutuellement.

Le non-jugement à l’égard des frères devient alors naturel. Allah prévient : « Ô vous les croyants que certains d’entre vous ne prennent pas en raillerie d’autres, il se pourrait que ceux-ci fussent meilleurs que ceux-là, que les femmes ne se moquent pas des autres femmes, il se pourrait que celles-ci fussent meilleures que celles-là. Ne vous calomniez pas les uns les autres, ne vous lancez pas des sobriquets injurieux. »

Un autre hadith montre que les frères sont comme un édifice solide, un rempart aligné comme une seule pâte. « Les croyants sont dans leur affection, leur bonté et leur compassion, les uns les autres semblables au corps lorsque l’un de ses membres se plaint, l’ensemble du corps tombe dans la fièvre et les veillées. »

La magnification est le fruit du jihad dans la voie d’Allah. Le saint le confirme : « Ne frappe ni juif, ni chrétien mais frappe ta nafs qui est dans tes côtes. Si elle t’obéit tout le monde t'obéirait, si elle se rebelle contre toi, tout le monde serait contre toi. Quand le faqir connaît son Seigneur, toutes les créatures deviennent égales pour lui. Celui qui connaît Allah, il le reconnaît dans les créatures. Celui qui veut arriver, il doit vénérer, avoir confiance, écouter, suivre, s’orienter et invoquer. »

La crainte de Dieu apporte le bon comportement avec les frères, leur respect et leur estime, une magnification sans cesse renouvelée, et l’amour du Prophète le rend parfait. C’est avec un cœur chaud pour la mahabba et par le dhikr qu’on peut voir dans les Créatures la manifestation d’Allah et les caractères mohammediens. Notre attitude à l’égard d’elles doit être la même pour parfaire notre ihsan, car si personne ne nous voit sauf Lui.

Abu Houreira – qu’Allah soit satisfait de lui - rapporte sur ce qui faisait rentrer le plus les gens au Paradis : la crainte d’Allah et la bonne moralité. Le faqir n’oublie pas qu’il a été élu pour une mission noble propager l’amour d’Allah et de son Prophète – paix et bénédiction sur lui - . Il est un ambassadeur de la voie, excelle dans tous les domaines et s’améliore, dans sa famille, ses études, son travail. En faisant preuve de magnification et d’humilité envers les frères, il transmet un message d’amour et de fraternité car il aime pour l’autre ce qu’il aime pour soi, comme il le fera pour le Prophète lui-même – paix et bénédiction sur lui - .

Le pôle de son temps avait dit à ses disciples:

«Dis au fuqaras que je les accepte mais qu’il faudrait qu’eux, ils m’acceptent comme dit le verset : Dieu est satisfait d’eux et ils sont satisfait de Lui. Il faut que la satisfaction s’accomplisse dans les deux sens. Mais il est vrai que c’est l’agrément d’Allah qui a lieu en premier et qui suscite la satisfaction de celui qu’Allah a aimé. Celui qui donne quelque chose le donne pour Allah, pour la réalisation du bien et non pas pour un bien matériel»

La magnification commence avec un regard de beauté et une attitude de majesté, s’entretient avec les présents, en étant inlassablement reconnaissant envers ceux qui sont généreux en couvrant notre pauvreté.

La qasida conclut :
« Grâce à leur noblesse, le soufisme guide par un seul coup d'œil,
Leur façon d'unir les cœurs m'apparait très clairement;
Ils ont toute mon affection et tout mon amour,
Eux qui sont fiers de celui qui est plein de gloire
C'est en étant avec eux que je trouve la compagnie de Dieu.
Avec eux les fautes sont pardonnables et pardonnées.
Que la prière soit sur le prophète élu, notre suzerain Muhammad,
Le meilleur de ceux qui se consacrent à Dieu et s'acquittent de leurs devoirs. »