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As Salamu ‘Aleykoum.

Mon premier contact avec la Voie Soufie, c’est la description des cercles de dhikr. Je n’étais alors pas musulman, mais ils m’ont été décrits ainsi par un ami d'alors devenu un frère aujourdhui: « Pendant que toi tu vas en soirée le samedi soir, il y’a des musulmans qui s’assoient par terre, ingénieurs comme ouvriers, côte à côte, et qui invoquent le Nom d’Allah toute la nuit à tel point qu’au matin ils sentent la présence d’Allah si fort qu’ils Le prient comme si ils Le voyaient, et qu’Il agrée leurs prières inshallah. » Malgré mon quasi-athéisme, je fus touché par la ferveur de ces réunions d’un autre monde.

Puis, des ténèbres épaisses de ma vie, par désespoir d’un monde dans lequel je n’avais apparemment pas ma place, dans lequel je me sentais étranger, une nuit, je me tournai vers un Dieu en lequel je croyais à peine pour un ultime appel au secours. La réponse ne se fit pas beaucoup attendre : quelques jours plus tard je me réveillais musulman. Puis doucement, la Tariqa m’appela à elle, comme si elle était à l’origine de ce changement brutal en mon âme. J’entendis un jour lors d’une conversation un nom qui me parut simple et puissant à la fois : Sidi Hamza. C’est peu de temps après qu’on m’accompagna pour la première fois à une réunion de dhikr, comme celle dont j’avais entendu parlé auparavant.

J’étais à ce moment là en recherche : je cherchais l’islam du Coran, du Prophète (saws) dont je lisais les hadith et la sirra, de Jalalludin Rumi que j’avais découvert par un livre, tout cela étant pour mon cœur nouvellement éveillé à la présence d’Allah totalement concordant, mais en profonde discordance d’avec l’environnement dans lequel nous vivons. On me présentait un islam communautaire, déjà, loin de ce que j’avais lu dans le Coran et les hadith : l’égalité entre les êtres humains, les liens de compagnonnage purs et d’entraide dans le bien et vers le bien. J’étais rejeté à cause de mes origines, j’assistais à la division entre les croyants et à ce titre je fus dénigré voir sorti de l’islam à cause de mes inclinaisons doctrinales (pourtant orthodoxes). Je voyais des jeunes dénigrer nos pieux prédécesseurs, savants et saints, et je déplorais que le patrimoine religieux et civilisationnel islamique soit délaissé…

Je me sentais finalement étranger dans l’islam tout autant que je l’étais en dehors. Plus important encore, chez la plupart des musulmans, j’entendais parler de Sunna, mais je voyais le comportement Prophétique réduit à un ensemble de gestes, paroles, voir même habits. Je savais que cela en faisait partie, mais les vertus et qualité du Noble Messager (saws) je ne les voyais réalisées nulle part, ou disséminées sur autant de personnes qu’il y’a d’étoiles dans le ciel. Il me manquait la proximité avec le Prophète (saws) et sa présence me manquait parfois au point d’en pleurer : « tu me manques, ya Rassulullah ! »

Et finalement, cette « saveur », pour ainsi dire, de la proximité du Prophète (saws), de la concrétisation de son enseignement, cette saveur de la religion même je dirais, j’y ai gouté dans ces réunions de dhikr d’Allah. Un frère sénégalais, un frère français, marocain, japonais, réunionnais… tous assis ensembles disant d’une seule voix le nom d’Allah ! Des gens qui ne vous jugent pas et plutôt vous enjoignent à délaisser tout jugement, sont à l’écoute tout en vous apprenant par leurs paroles, lumineux tout en étant humbles, unis par une même soif d’Allah… "Des crèmes d’êtres humains" disais-je à leur propos quand j’en parlais autour de moi. C’est par leur cause, qu’Allah les bénisse et les récompense, que j'ai été amené à connaitre le chaykh sidi Hamza al Qadiri al Budchichi, et qu'à son tour il m’a amené à lui et qu'inshallah, il m’amènera à son tour auprès d’Allah comme le dit ibn ‘Ashir dans son célèbre mathn : « Le Shaykh rappellera au disciple Allah quand il le verra | et fera parvenir le serviteur à son Seigneur. » Ce recentrage constant du cœur vers Allah, amenant avec lui la vigilance sur le cœur et l’ego, nulle part ailleurs je ne l’ai goûté.

Irrigué par le dhikr et la proximité des Gens de Dieu, porté par leur amour et leur himma, j’ai retrouvé l’islam que je cherchais dans les livres du passé. Les gens de cette voie me rappellent un hadith qui dit qu’un jour le Prophète (saws) se mit à pleurer, et ses compagnons lui demandèrent: « Qu'est-ce qui te fait pleurer ya rassulullah? » Il répondit: « Mes frères me manquent! » On lui dit alors: « Ne sommes-nous pas tes frères? » Il dit: « Non! Vous êtes mes compagnons! Mes frères sont des gens qui viendront après moi, croiront en moi alors qu'ils ne m'ont pas vu! »

Et si on me demande qui sont ces gens que le Messager d’Allah pleurait déjà, je répondrai que ce sont probablement ceux qui éduquent les coeurs et les âmes par la permission d’Allah, par la puissance d’Allah, pour la Face d’Allah, qui apprennent au chercheurs de vérité à être de véritables êtres humains accomplis et réalisés ; ces gens qui nous éduquent à être leurs frères, et inshallah, des frères du messager d’Allah (saws), et de véritables serviteurs de Dieu le Très Haut.

Pour en revenir à moi, je suis encore sur le chemin de Dieu qui est long et parfois difficile, mais comme dit un poême soufi: "Notre dote est chère pour qui convoite notre excellence." C'est un combat de chaque instant contre les passions, et une éducation à l'amour véritable pour la face de Dieu. Les soufis disent que la science de l'éducation spirituelle est le cœur de l’islam, donc je remercie Allah qu'en cette époque tourmentée ce cœur soit de plus en plus vaste car il accueille de plus en plus d'orphelins spirituels comme moi, comme vous peut être, et fait de nous une famille unie par l’amour d’Allah.

Wa astarghirullah, wa al hamdulillahi rabbi l’alamin.