Lorsqu’on s’acquitte de quelques devoirs prescrits par l’islam et qu’on s’écarte au mieux de certaines de ses proscriptions, un sentiment du devoir accompli puis d’autosatisfaction risque de surgir depuis les profondeurs de l’ego. Un tel sentiment prend des dimensions particulièrement dangereuses lorsqu’il est soutenu par la possession de connaissances religieuses rudimentaires, mais, surestimées par leurs détenteurs ou par ceux, d’entre les croyants naïfs, qui les écoutent et ne cessent de rehausser leur notoriété à des niveaux qu’ils ne méritent guère.


La pratique de l’islam ne se limite pas à la connaissance du licite et de l’illicite et au respect du cadre qu’ils tracent. L’islam est également une pratique spirituelle qui alimente l’âme pour lui apporter les éléments nécessaires à la construction d’une éthique exemplaire.


A travers les enseignements qu’ils dispensaient, nos érudits savants établissaient un équilibre entre les domaines exotériques et ésotériques de l’Islam. Ils procuraient ainsi au commun des musulmans une spiritualité forte, encadrée par les connaissances jurisprudentielles nécessaires au devoir de cheminement vers Allah .


L’abandon de cet équilibre engendre l’apparition d’individus auxquels manquent les règles basiques inhérentes au comportement islamique, ceci malgré leur respect minutieux de la jurisprudence. Pourtant, le prophète Mohamed a clairement rappelé que l’objectif principal de sa mission était de promouvoir un comportement exemplaire : « je n’ai été envoyé que pour parachever la bonne éthique ».


Les exactions commises autrefois par les dissidents - Al khawârij - ou aujourd’hui par leurs héritiers, restent le meilleur exemple pour comprendre les effets d’une démarche idéologique boiteuse qui n’a pas su donner au spirituel la place qu’il mérite dans l’éducation islamique.


Pendant la révélation, le Coran ne manquait pas de blâmer les compagnons du Prophète à chaque fois que la dimension temporelle l’emportait sur le spirituel. Ce fut le cas lors du triomphe de Badr, quand les préoccupations se sont tournées essentiellement vers la répartition du butin jusqu’à ce qu’éclate une polémique. Mieux aurait fallu qu’ils tournent leurs visages vers Allah afin de Lui témoigner leur reconnaissance et leur gratitude pour le soutien qu’Il leur a accordé avant et pendant la bataille.


Ainsi la révélation est venue leur rappeler la définition d’un croyant tel qu’il doit être : « Les vrais croyants sont ceux dont les cœurs frémissent quand le Nom de Dieu est évoqué ; ceux dont la foi augmente quand ses versets leur sont récités et qui, en tout, s’en remettent à Lui ; ceux qui sont assidus à la salat et qui donnent en aumône une partie des biens que Nous leur avons accordés. Les voilà, les véritables croyants auxquels une place de choix auprès de leur Seigneur sera réservée, ainsi qu’une rémission et une généreuse récompense » (Sourate 8 : Al Anfâl ; V2-4).


Le premier critère mentionné dans cette définition est celui du frémissement du cœur à l’évocation d’Allah.

On retrouve le même critère lorsque, dix ans après le début de la révélation, Allah réprimanda les croyants en leur disant : « Le moment n'est-il pas venu pour ceux qui ont cru de remplir leurs cœurs d’humilité devant l’évocation de Dieu et ce qui a été descendu comme vérité. Ne doivent-ils pas éviter de suivre l’exemple de ceux qui avaient reçu le Livre avant eux et dont les cœurs se sont desséchés avec le temps, au point que beaucoup d’entre eux devinrent pervers » (Sourate 57 : Al Hadîd ; V16).


Le compagnon du prophète, Ibn Abbas, commentait ce verset en disant : « Dieu a trouvé une lenteur dans le cheminement des cœurs des compagnons dix ans après le début de la révélation ».
Le grand successeur Al Hassan Albasri commentait à son tour ce verset en disant : « Dieu a trouvé une lenteur dans le cheminement des cœurs des compagnons alors qu’ils font partie des humains les plus aimés par Lui ».


Si ce message coranique s’adressait à des croyants dont la foi, la piété et l’éthique n’ont pas d’égales, comment ne nous sentirions nous pas, aujourd’hui, concernés par cette réprimande ?


Nous sommes à une époque où l’évocation d’Allah, la lecture du Coran, les adorations rituelles et les exhortations spirituelles n’ont que peu d’effet sur nos cœurs. Ceux-ci sont devenus des réceptacles défaillants et desséchés par notre avidité dans la quête des moyens de jouissance éphémères. Ainsi, nos cœurs se trouvent souvent entachés par les péchés et l’inconscience au point de ne plus bénéficier des bienfaits de l’évocation d’Allah .


Lorsque Allah parle dans le Coran des négateurs du jour de la rétribution, Il nous dévoile la raison de leur égarement, celle-là même, qui risque de nous toucher un jour : l’endurcissement du coeur. Ainsi, Dieu dit : « [...] Pas du tout, mais leurs cœurs se sont couverts par ce qu’ils perpétraient. Qu'ils prennent garde ! En vérité ce jour-là - jour de la rétribution - un voile les empêchera de voir leur Seigneur » (Sourate 83 : Al Moutaffifin ; V 14-15).


Lorsque le Coran parle du cœur, il ne fait pas référence à cet organe de la circulation sanguine, mais il mentionne le siège des sentiments, des passions, de l’amour, du courage, de la générosité, des pensées intimes, …etc.


Lorsque le musulman ne prend pas soin de son coeur, lorsqu’il ne l’alimente pas continuellement avec des denrées spirituelles telles que la lecture du Coran, le rappel - addhikr - de Dieu, la méditation - attafakkour - sur la création …, la mort spirituelle devient imminente, le coeur devient cadenassé et la lumière de la foi s’éteint progressivement laissant le gouvernail à la passion qui ne peut mener qu’à la perte.

Une prise de conscience, à l’égard de ce danger, représente le premier pas dans une démarche constructive qui engage le croyant, corps et âme, dans une voie éducative spirituelle équilibrée. Telle est la seule entreprise capable de former un musulman dont le cœur est attendri et apte à réceptionner les gratifications divines.



Source : http://www.habous.gov.ma