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 A l’heure actuelle, peu de notions en islam ont été la cause de polémique autant que le concept de bida’, i-e innovation blâmable : rajouter à la religion des éléments qui n’existaient pas du temps du Prophète (S).

 Une parole prophétique très célèbre dit : « Faites attention aux choses nouvelles, car toute nouveauté est une innovation, et toute innovation est un égarement, et tout égarement mène à l’Enfer » (Abou Daoud)

Les savants ont dit que cette parole ne fait pas référence à l’ensemble des choses nouvelles sans restriction, mais seulement à celles dont la licéité, la validité, la permission n’est pas attestée par les textes sacrés (le Coran et la Sunna du Prophète (S)). L’expression « toute innovation » n’est pas à prendre dans un sens absolue.

   Il existe plusieurs exemples dans le Coran ou dans la Sunna où les commandements, les recommandations ou les interdictions doivent être complétées par d’autres textes qui réduisent leur portée ou expliquent la façon dont doit être compris le verset ou le hadith.

Par exemple dans la Sourate al-Najm, il est écrit :

« L’Homme ne possédera que ce qu’il aura acquis par ses efforts. » (S. 53, v. 39)

Pourtant d’autres versets ou sourates affirment que nous recevons des récompenses lorsque quelqu’un prie pour nous, lorsque les anges prient pour nous, durant la prière sur le mort qui est faite pour nous, lorsque l’on a laissé une œuvre de charité comme une mosquée ou une aumône après notre mort…

De la même manière, dans le Sourate an-Anbiya, il est écrit :

« Vous serez vraiment, vous et ce que vous adorez en dehors de Dieu, le combustible de l’Enfer. » (S.21, v. 98)

L’expression « ce que vous adorez » ne peut pas être prise dans un sens général sinon on devrait considérer que Sayyiduna ‘Aïssa (A), sa mère (A) et les anges que les gens ont adoré en dehors de Dieu, iront tous en Enfer.

Et aussi dans le hadith qui dit : « Celui qui prie avant le levé du soleil et avant son coucher n’entrera pas en Enfer. »

Cela ne signifie pas que si on prie seulement la prière de Subh et la prière de ‘Asr nous sommes protégés de l’Enfer même si l’on néglige toutes les autres obligations.

En vérité, si nous voulons définir correctement ce qu’est une bida’, il faut auparavant définir ce qu’est la sunna, puisque l’un ne va pas sans l’autre. On ne peut pas connaître l’un sans connaître la définition de l’autre.

Le mot « Sunna » signifie tradition, façon de faire, comme il est rapporté dans un hadith tiré du sahih muslim :

« Quiconque introduit dans l’Islam une pratique (sunna) louable en retirera une double récompense : la première pour l’avoir introduite, la seconde constituée par la somme des récompenses acquises par ceux qui l’auront imité sans que cela ne diminue en rien leur propre récompense. Mais quiconque introduit dans l’Islam une pratique blâmable se verra pénalisé d’une double faute : la première pour avoir introduit cette pratique et la seconde constituée par l’ensemble des fautes commises par ceux qui l’auront imité sans que cela ne diminue en rien leurs propres fautes. »

A travers cette parole prophétique, on se rend compte du sens véritable du mot « sunna », c’est la voie prophétique, ce que le Prophète (S) a dit, fait ou approuvé. Il ne faut confondre dans ce contexte là « sunna » avec le sens que prend ce mot en jurisprudence où il s’oppose à obligatoire. Dans le fiqh, un acte sunna est un acte fortement recommandé mais pas obligatoire.

Donc, pour juger si un acte est à rejeter ou pas, il faut donc se référer à la lumière de la sunna. En lisant les recueils de hadith, on se rend compte que beaucoup de Compagnons ont réalisé de nouveaux actes, de nouvelles prières de demande (dou’a), de nouveaux dhikr etc. que le Prophète (S) n’avait jamais réalisé avant eux.

Les Compagnons ont réalisé ces actions en étant totalement convaincus qu’ils étaient bons pour l’Islam et les musulmans ; en référence au verset : « …pratiquez le bien et peut-être réussirez-vous . » (S. al-Hajj 22, v.77)

Beaucoup de Compagnons ont réalisé un effort d’interprétation (ijtihad), ils ont instauré de nouvelles pratiques en vérifiant qu’elles n’étaient pas en contradiction avec le Coran et la Sunna, et en rejetant tous les actes qui s’en écartaient. Tout ce que la Loi atteste comme bon est considéré comme bon et tout ce que les textes considèrent comme mauvais est une innovation blâmable à rejeter.

Certains Savants ont utilisé le terme de « bida’ hassana » (bonne innovation) pour désigner les nouvelles actions autorisées, mais en réalité il n’y a pas d’innovation louable, puisque ce n’est pas une innovation mais une interprétation et une compréhension de la sunna.

Par exemple, Bukhari et Muslim rapportent dans leur recueil qu’Abu Hurayra demanda à Bilal en quel acte il avait le plus d’espoir (qu’il le mène au Paradis). Bilal (R) répondit qu’il n’existait pas un acte dont il avait le plus d’espoir qu’il le mène au Paradis que le fait qu’il avait l’habitude, après avoir fait ses ablutions aussi de jour comme de nuit, de faire autant de raka’ qu’il pouvait.

Ibn Hajar al-Asqalani, dans son Fath al Bari, en déduit qu’il est permis par effort d’interprétation (ijtihad) de choisir le moment d’accomplir les actes d’adoration surérogatoires.


De la même manière, Bukhari rapporte que Khubayb avait demandé de prier 2 raka’a avant d’être exécuter par les idolâtres à la Mecque.

Ces deux exemples montrent que Bilal et Khubayb ont utilisé leur propre effort d’interprétation sans que le Prophète en ait parlé auparavant.

Autre exemple rapporté par Bukhari et Muslim :

Rifa’a Ibn Rafi a raconté qu’un jour, au cours d’une prière en commun avec le Prophète (S) comme imam, un Compagnon avait rajouté une invocation à haute voix après que le Prophète ait dit : sami’ allah liman habida.

Après la fin de la prière, le Prophète (S) a demandé qui avait dit cela et a dit que 30 anges s’étaient disputés pour pouvoir être celui qui allait écrire cette invocation.

Ibn Hajar en déduit qu’il est permis d’utiliser de nouveaux dhikr au cours de la prière tant qu’ils ne contredisent pas ceux conseillés dans les hadith. (Ils doivent être des ajouts)

Bukhari rapporte que Aisha avait mis à la tête d’une expédition militaire un homme qui faisait office d’imam et qui récitait toujours la sourate al-ikhlas dans la seconde raka’a de chaque prière.


Au retour de l’expédition, des Compagnons sont venus voir le Prophète (S) pour lui rapporter cette histoire. Il leur a dit de lui demander pourquoi il faisait toujours cela. L’homme à répondu que c’était parce que ces versets décrivaient le Tout-Miséricordieux et qu’il aimait les réciter.

Le Prophète a dit alors : « Dites-lui que Dieu l’aime ».

Nous remarquons que tous ces récits font référence à la prière qui est l’acte rituel le plus important en Islam.

Il existe aussi un récit qui parle de l’utilisation de la Fatiha comme moyen de guérison.

Bukhari rapporte d’après Abu Said al-Khudri qu’un groupe de Compagnons étaient en train de camper dans le désert lorsqu’un homme vint les voir en leur disant que leur chef venait d’être piqué par un scorpion et qu’ils avaient tout essayé mais que rien ne marchait. Un des Compagnons récita la Fatiha en échange d’un troupeau de moutons. Ils ne se partagèrent pas le troupeau avant d’avoir demandé l’avis du Prophète (S) . A leur retour, Sayyiduna Muhammad (S) leur demanda comment il savait que la Fatiha avait un pouvoir de guérison et il accepta le partage du troupeau.


 Ce hadith montre que les Compagnons n’avaient aucune connaissance préalable de la capacité de guérison de la Fatiha mais ils ont utilisé leur effort d’interprétation (ijtihad).

Il existe aussi beaucoup de récits concernant des invocations (dou’a) faites par des Compagnons qui ont été validées par le Prophète (S) ensuite.

Si maintenant nous retournons au hadith du début :

« Faites attention aux choses nouvelles, car toute nouveauté est une innovation, et toute innovation est un égarement, et tout égarement mène à l’Enfer » il devient plus facile de comprendre le sens véritable de ce hadith.

Le Cheikh Izz al din Ibn Abdel-Salam considère que la classification en 5 catégories d’actes de la jurisprudence doit aussi être appliquée pour les innovations.


 

 


 

1.      Les innovations obligatoires :

Rédaction du Coran pour ne pas l’oublier, étude de la grammaire, de la lexicographie arabe, classification des hadiths selon leur degré de certitude, apprentissage des arguments contre les déviances et les sectes.

2.      Les innovations interdites

Passer son temps à apprendre des doctrines malsaines, toutes les activités répréhensibles par la Loi.

3.      Les innovations recommandées

Construire des écoles religieuses, écriture de livres sur le droit musulman et la science islamique en général, récitation de wird, mawlid an-nabi.

4.      Les innovations blâmables

Construire de trop belle mosquée, apprendre des sciences qui n’ont aucun intérêt juste par jeu.

5.      Les innovations permises

Utiliser des fourchettes et des cuillères, manger d’autres plats que ceux consommés par le Prophète (S), posséder des biens matériels modernes.

Le Grand Muhaddith Marocain Sidi Abdullah Ben Siddiq a dit:

“Dans les Qawaid al-Kubra, Izz ibn Abdel-Salam classifie les innovations (bida’) selon leur bénéfice, leur nuisance ou leur neutralité dans 5 catégories de règles : l’obligatoire, la recommandé, l’interdite, la blâmable et la permise, en donnant des exemples pour chacune de ces catégories et en mentionnant les principes de la Loi Sacrée qui vérifient cette classification

Ses paroles sur le sujet montre une réelle compréhension et un savoir aiguisé à la fois des principes de la jurisprudence et du jeu des avantages/désavantages humains pour lesquels le Législateur a établi les règles de la Loi Sacrée.

Parce que sa classification des innovations a été établie sur des bases solides en droit islamique et en principes de la Loi, elle a été approuvée par l’Imam Nawawi, par Ibn Hajar al-Asqalani et par la grande majorité des savants, qui ont agrée ses paroles et ont considéré qu’il était obligatoire d’appliquer sa classification à tous les nouveaux événements et à toutes les éventualités qui apparaissent avec le changement d’époque et la transformation des gens.

Personne ne doit rejeter cette classification en utilisant comme argument le hadith qui dit « toute innovation est un égarement », parce que la seule véritable innovation qui est un égarement complet est celle qui concerne les bases de la croyance, comme les innovations des Mutazilites, des Qadarites, des Murjiites et d’autres, qui ont contredit les croyances des premiers musulmans.

C’est une innovation répréhensible parce qu’elle est dangereuse et dénuée de tous bénéfices.

Pour les innovations en acte, c’est-à-dire l’apparition d’un acte de dévotion ou autres qui n’existait pas au début de l’Islam, il doit obligatoirement être jugé en utilisant les 5 catégories définies par Izz al din Ibn Abdel-Salam. Affirmer que telle ou telle innovation est néfaste sans qualification n’est pas acceptable. (…)


La seule raison pour laquelle la Loi Islamique est valide pour toutes les époques et tous les lieux et est la plus facile et la plus parfaite de tous les Lois divines, c’est parce que cette Loi comprend des principes méthodologiques généraux et universels. Les Savants ont reçu la capacité de compréhension des textes, la connaissance des types d’analogies et de parallélismes et l’excellence qui caractérise cette Loi. Allons-nous considérer que chaque innovation apparue après le premier siècle de l’Islam est une innovation blâmable sans considérer si elle entraîne un bénéfice ou un préjudice ? Cela invaliderait une grande partie des bases fondamentales de la Loi Sacrée aussi bien que les règlements obtenus par raisonnement analogique, et cela limiterait et rétrécirait la vaste et étendue envergure de la Loi. » (Adilla Ahl al Sunna wa Jama’a)

Equipe Saveurs Soufies