le Pouvoir Chérifien et l'autorité soufie dans l'histoire du Maroc, à partir du propos où le rophète (PS) dit: "Une partie de ma communauté, en Occident musulman, demeurera attachée à la religion authentique jusqu'au jour de la résurrection" (rapporté par Muslim)


Au nom de Dieu, le Clément, le Miséricordieux; louange à Dieu qui a honoré l'homme en le pourvoyant de la raison et de la conscience, a élu pour les fils d'Adam des prophètes et des messagers et n'a accordé Ses préférences qu'aux meilleurs. Nulle puissance que par Dieu et nulle borne à sa condescendance; grâce soit rendue au Très Haut, le Puissant, le Bienveillant et l'Omniscient qui sortit des reins de Ses créatures une bonne descendance. Dieu seul guide les
véridiques et les élève au haut rang de la bienfaisance. Grâce Lui soit rendue pour avoir fait des savants éclairés , les héritiers des prophètes, pour qu'ils guident les peuples par leur transcendance et ce que comportent leur cœur comme crainte de Dieu.



Dieu, retiens les cœurs selon leurs bonnes dispositions naturelles et écarte-les des mauvaises passions. Accorde Tes plus belles prières, Tes bénédictions toujours multipliées et Ta grâce charitable à Ton Serviteur et Prophète (P.S.)

Sire,

Permettez-moi de rappeler certains éléments historiques qui ont déterminé, à travers les siècles, le génie de ce pays bienheureux, le Maroc, dont l'aura n'a cessé de s'élargir grâce aux gouvernements successifs des pieux parmi vos glorieux ancêtres. Ces éléments historiques sont à l'origine de la sagesse mémorable que vous mettez à diriger les affaires de votre peuple, ainsi que de l'affection que vous porte votre glorieuse communauté, un patrimoine de sagesse qui a permis à votre nation de résister à travers les époques, aux
tourbillons qui menaçaient de l'emporter, réalisant ainsi, pour le pays, surtout après l'indépendance, un développement politique, social et spirituel jamais réalisé par quelque nation en si peu de temps.


Vous voilà donc, Sire, gouvernant aux destinées de ce peuple qui vous a, avec révérence, remis les gouvernails d'un pouvoir reconnu par l'unanimité populaire, un dépôt dont vous avez la charge, couronné que vous êtes par le pacte de l'allégeance, et armé de patience et de piété. De votre père, vous êtes l'héritier dans le plein sens du terme que cette nation accorde à votre noble lignage, depuis qu'elle s'est rendue aux orientations des hommes saints qui,
en période de crise, ont remis le pouvoir aux membres de votre famille pour qu'ils soient, non pas des gouvernants et des rois comme les autres rois et gouvernants, mais plutôt cette force à même de relever les défis qu'ils n'ont cessés d'affronter à travers les siècles, et pour qu'ils reflètent tout cet éternel amour que porte le peuple pour la descendance du prophète (P.S). Cet amour, rarement observé chez les peuples pour leurs souverains s'est reflété en votre père, tout comme il se reflète aujourd'hui en vous, pareil à la lumière émanant du cœur de la pierre précieuse. A cet égard, le Prophète (P.S.) disait que son amour pour son peuple était un amour mystique, et dans une autre variante, que les liens étroits qui le lient à son peuple comportait une teinte d'"adoration païenne". Cet amour, en effet se fendait en son âme et fusionnait avec la profusion de ses nobles sentiments naturels, pour constituer une force et une énergie incomparables.


Majesté, permettez-moi de préciser encore, à partir de cette chaire, que vous êtes le dépositaire de cet amour spirituel et mystique. Vous l'avez hérité tel quel, dans toute son ampleur ou plutôt, préservé dans son invulnérabilité. Votre peuple en effet, lorsque vous le rencontrez, est tout à fait sensible à votre sincérité qui l'atteint au fin fond de son coeur, à votre magnanimité et à votre
spontanéité qu'il perçoit en vous en tant que personne empreinte d'humilité religieuse dont il apprécie les valeurs de connaissance et de modestie à leur juste mesure. Ce peuple, de son côté, rompu au militantisme et à la conciliation politique que les autres peuples ont eu l'occasion d'expérimenter à travers l'histoire, a édifié avec vos ancêtres, Sire, des traditions de fidélité et de générosité dont plusieurs spécialistes étrangers ignorent jusqu'à aujourd'hui les
principes fondateurs.


Analystes en matière de politique et d'anthropologie émettent à ce jour hypothèse après hypothèse pour tenter de comprendre cette structure sociopolitique du Royaume du Maroc, sans parvenir à expliquer la nature de la relation qu'entretient l'institution monarchique avec les classes sociales, ni à en déterminer la place réelle. Si ces recherches ont pour objectif les perspectives
d'avenir, elles visent par ailleurs à déterminer les origines de la solidité de l'institution reliant le Roi à son peuple. Et c'est justement cette spécificité marocaine, déroutante pour les étrangers, qui a poussé un des journaux de la presse internationale à commenter les dernières élections dans un éditorial portant le titre de: "Particularisme ou exception Marocaine"


Permettez, Sire, en contribution à une meilleure compréhension de ce phénomène qui continue à déconcerter les analystes, que je tente de mon côté, d'aborder l'institution monarchique du Maroc islamique et son rapport avec le tissu sociopolitique. Pour cela, je développerai deux éléments essentiels qui sont: Les chorfas, dynastie descendante de la noble famille du Prophète (P.S.), et le soufisme. Je les aborderai dans leur portée historique en tant qu'éléments actifs dans la constitution, dans une large mesure, de notre éthique
politique actuelle.


Puisque ces cénacles ont établi la tradition qui veut que toute conférence trouve son point de départ dans un verset coranique ou dans un propos du Prophète, nous avons opté, concernant notre sujet, pour le hadith rapporté par l'Imam Muslim dans plusieurs variantes ne comportant néanmoins que quelques légères différences dans les termes. Parmi ces variantes, nous trouvons celle figurant dans le chapitre "Al Imara" du corpus authentique de Muslim avec une chaîne de garants remontant au compagnon Sa'd Ibn Abi Waqas qui rapporte
que le Prophète (P.S.) a dit: "Les habitants d'Occident musulman manifesteront leur attachement à la vérité jusqu'au jour du Jugement Dernier". Le traditionniste Al Darakutni de son côté, dans son ouvrage "AL Fawa'id", rapporte avec sa chaîne de garants remontant jusqu'à Sa'd ibn Abi Waqass, la variante suivante: "Une partie de ma communauté en Occident musulman, défendra la vérité jusqu'au Jour du Jugement Dernier". Par ailleurs, Baqyi ibn Mukhlid rapporte dans son "Musnad", livre des traditions: "Yahya ibn Abdelhamid rapporte d'après Hachim qui rapporte d'après Dawud ibn Abi Hind, d'après Abu Othman Al Nahdi, d'après Sa'd qui rapporte que le Prophète (P.S.) a dit: "Les gens d'Occident musulman manifesteront leur attachement à la vérité jusqu'au jour du Jugement Dernier, ou, lorsque Dieu en décidera".

Certains spécialistes en sciences des traditions, sous l'influence du pessimisme qui avait commencé à gagner la communauté des Musulmans lors de certaines périodes troubles de leur histoire, ont soutenu que ce propos du Prophète (P.S.), alors même qu'il comporte une bonne annonciation, celle notamment que la religion demeurera préservée, se singularise par le fait qu'il nous est parvenu par une chaîne de garants unique et renvoie à une époque où celui qui
s'attachera à la religion sera semblable à celui qui tiendra des charbons ardents dans ses mains.


Partant, le terme "partie" dans le hadith comporte la notion de minorité et renvoie donc à une élite dont la défense de la vérité signifie que celle-ci œuvrera dans la voie de la religion authentique, usant pour cela de patience et de persévérance, mais également d'endurance et de tourments dans leur parcours. Si maintenant, certains autres hadiths de portée plus générale,
comportent la même signification, le hadith, point de départ de notre causerie, est particulier parce que spécifiant la région d'appartenance de cette élite, à savoir l'Occident Musulman ou le Maghreb.


A cet égard, les exégèses des traditions apportent dix interprétations différentes du terme"Occident" [Maghrib]. Ces interprétations figurent toutes dans l'ouvrage généalogique "Bayan al Mu'rib'an Ma'ani ba'd ma warada fi ahl al Yaman wa l Maghrib". L'auteur de cet ouvrage, un des plus célèbres savants en matière de généalogie et de biographie, l'Imam Abu Bakr Mohamed ibn al Walid al Taratouchi, domicilié à Alexandrie en Egypte, a retenu l'interprétation voulant que la région en question se trouve être le Maroc. Ce savant, d'ailleurs, avait composé une célèbre épître d'exhortation qu'il avait adressée à l'Emir Almoravide Yussuf ibn Tachafin, épître où il cite le hadith en question et qu'il commente ainsi: "Dieu seul sait si le Prophète (P.S.) vous désigne, vous,
peuple des almoravides ou plutôt l'ensemble des habitants du Maghreb, puisque tous demeurent attachés à la Tradition (Sunna) et à l'orthodoxie, évitent toute innovation blâmable en matière de religion et suivent la voie de nos rédécesseurs parmi la génération des dévots, que Dieu soit satisfait d'eux". L'auteur ajoute plus loin: "Je pense quant à moi que la partie des Musulmans (dans le hadith) renvoie à ceux demeurant dans la voie juste, qui s'y attachent et l'imposent alors que les autres s'y opposent. Enfin, concernant l'attachement à la vérité, je pense qu'il s'agit de la manifestation de sa preuve apparente ".

Commentant l'ouvrage "Al Jama'Assaghir" à la marge, Al'Alqami explique le terme [Dhuhur] par la manifestation au grand jour pour faire connaître la religion authentique.

Ce hadith par ailleurs constitue jusqu'à ce jour un véritable miracle du Prophète (P.S.), car la partie de la communauté citée par l'envoyé de Dieu comporte des croyants de tous genres: des courageux qui militent en faveur de la vérité, des jurisconsultes et des traditionnistes orthodoxes, des ascètes et des prédicateurs exhortant au bien et proscrivant le mal, ainsi que d'autres gens de bienfaisance. C'est qu'en effet, les pays ne diffèrent que par les peuples qui les habitent, qui eux de leur côté, ne diffèrent que par leurs actions pieuses. Si par ailleurs, la doctrine de l'égalité peut être étendue au genre humain, elle ne pourra cependant méconnaître la place privilégiée qu'occupe parmi les hommes, la
lignée du Prophète (P.S.) grâce justement à son attachement au Livre Saint et aux traditions authentiques et parce que occupant une place de choix dans le cœur des Musulmans.


A cet égard, Ibn Kathir, dans son exégèse coranique, alors qu'il aborde les versets des deux chapitres coraniques "La Délibération" et "Les Coalisés", s'appuie sur plusieurs hadith qui prouvent tous la place privilégiée de la descendance du Prophète (P.S) et de l'obligation de tout musulman de les chérir et de leur accorder tout leur amour et toute leur affection


Il est à noter que la descendance du Prophète (P.S.) se compose de celle de Ali, son cousin et de Fatima Zohra, sa fille, de celle de leurs enfants Al Hassan et Al Hossein et que ce noble lignage s'est ensuite étendu à Zeinab et sa descendance ainsi qu'à celle de tous les Bani Hachim, les oncles du Prophète (P.S.). Mais, avec le temps, ce concept de noblesse, n'a plus concerné que le lignage de Ali et Fatima, descendant de leurs fils Al Hassan et Al Hossein. Certains mêmes ont différencié entre les descendances de ceux-ci en réservant
l'appellation maître (Seiyid) au descendant du second et que les Marocains appellent Moulay (Seigneur), terme qu'ils ont très probablement pris de Al Rachid, le protégé de Moulay Idriss ibn Abdallah qui l'avait accompagné au Maroc, pour l'avoir entendu appeler son maître ainsi.


Cette sanctification des membres de la famille du Prophète s'est accompagnée d'autre part, par la prière sur le Prophète où le croyant ne cesse de puiser sa foi, ainsi que par son intercession à laquelle nous aspirons tous avec force. Cependant, les grands troubles qu'a connus l'histoire de l'Islam et les conflits qu'ils ont suscités entre les factions dans leur course au pouvoir, n'ont épargné personne, pas même cette descendance qui a souffert les plus grandes persécutions qui n'ont pas été sans marquer la conscience historique des Musulmans. Les chorfas s'étaient par conséquent dispersés un peu partout dans les régions de la terre d'Islam afin de s'acquitter, Dieu merci, de leurs rôles religieux, social et politique. Ils ont pu ainsi fonder des Etats et des Emirats dans plusieurs contrées, comme l'Emirat du Tabaristan, les deux dynasties
chiites Ismaélienne et Fatimide qui ont donné par la suite les Safavides et les Nasiriyins, les gouvernements des chérifs de la Mecque et les Hachémites de Jordanie; au Maroc, enfin, où ils ont jouit du plus grand prestige, Idrissides, les Saadiens et les Alaouites.


C'est la rencontre des chorfas avec le peuple marocain qui constitua le phénomène le plus caractéristique de l'ensemble de la terre d'Islam, car elle s'est distinguée par l'esprit de lutte dans la solidarité et la pérennité. On peut par conséquent en distinguer quatre grands repères qui correspondent en même temps à quatre grandes crises de l'histoire politique du pays:


La première crise eut lieu juste après que les Marocains eurent accepté l'Islam et l'eurent adopté en le transposant en Andalousie. Malheureusement, certains gouverneurs de l'administration centrale Omeyyade et Abbasside par la suite, avaient commencé à commettre des abus en opprimant et en exploitant les populations au nom de la nouvelle religion. Face à ces exactions, les Marocains révoltés qu'on portât atteinte à leur dignité, réagirent en adoptant deux attitudes: des confrontations armées qui ont donné lieu à la rupture avec le Califat, ce qui avait permis aux partis de l'opposition
d'exercer plus effectivement leur activité dans le territoire marocain, c'est-à-dire que les propagandistes Kharijites et surtout chiites trouvèrent dans le pays un champ idéal pour leur propagande. A cet égard, on a découvert des sources historiques ces dernières années seulement, qui établissent que Idriss ibn Abdallah organisait la propagande au Maroc au profit de son frère avec d'autres agents, 25 ans avant son arrivée au Maroc. Alors qu'il fuyait les abbassides après la bataille de Fakh, Idriss, par conséquent, connaissait bien la région et savait que les habitants étaient disposés à ecevoir un chef politique parmi les descendants du Prophète. Lorsqu'il se mit donc à fonder sa dynastie, il avait trouvé une population qui voyait en le gouvernement d'un descendant du Prophète la meilleure solution à leur crise religieuse et sociale. En prêtant donc le serment d'allégeance aux Idrissides, et c'est là la deuxième attitude, les Marocains avaient en même temps relié avec les fondements du Califat, mais cette fois-ci de leur plein gré, car Idriss ibn Abdal1ah ne s'était imposé ni en tant qu'envahisseur, ni en tant que conquérant. Leur rassemblement autour de ce chérif leur avait permis par ailleurs, de semer les premières graines d'une haute spiritualité à la source du phénomène mystique qui s'est traduit par le soufisme par la suite. Ajoutons à cela, que l'allégeance réunit autour d'elle des personnes qui se sentent opprimées et subissant l'injustice. Par conséquent, la présence des chorfas a doté ce Maroc, éloigné du centre de décision, presque marginalisé, d'une valeur politique de centralisation à même de réaliser les objectifs escomptés de cette alliance, autrement dit, constituer un Etat, poser les fondements d'une culture et d'une civilisation islamique
et mettre fin à toute forme d'hérésie qui n'avait plus de raison d'être, dans un Maroc engagé au niveau doctrinal dans l'orthodoxie sunnite, tout en demeurant sentimentalement attaché à la chi'a à travers l'affection ressentie pour la toute proche descendance du Prophète (P.S.).


Cette fonction politique des chorfas au Maroc a longtemps échappé aux historiens et analystes européens qui ont eu tendance à expliquer la relative facilité avec laquelle Idriss ibn Abdallah réussit à rassembler autour de lui les Marocains, par ce qu'ils ont appelé "la simplicité de l'esprit berbère, sa naïveté et son incapacité à assimiler des concepts abstraits comme le monothéisme pur". Cependant, celui qui médite l'histoire dans une vision globale et à grande portée, se rend vite compte que Kenza, la veuve d'Idriss 1er, avait vu juste en partageant le Maroc entre ses nombreux petits-fils, nés de son fils Idriss II. Cette réussite résidait justement dans le bénéfice que présentait alors, la présence de ces chorfas au niveau local, ce qui à l'époque devait être plus efficace et plus déterminant que le fait d'approfondir l'Islam parmi les populations ou de consolider quelque notion de centralisation qui ne réunissait pas alors toutes les conditions favorables de réussite. Et c'est par contre l'expérience des Fatimides et le conflit politico-militaire qu'ils eurent avec les Omeyyades d'Andalousie sur la terre maghrébine, qui mirent le pays en difficulté et qui portèrent atteinte à l'existence politique des chorfas dans cette contrée.

Pour ce qui est de la deuxième crise où la conscience marocaine conflua avec les chorfas, elle commença à se anifester localement au début, lorsque des notables des tribus du Tafilalt firent venir dans leur région votre aïeul, Moulay Al Hassan dit Addakhil à la fin du 7è siècle de l'hégire. L'installation de la descendance de celui-ci dans cette région a vite fait de répondre aux exigences d'une crise ayant des dimensions nationales. C'est qu'en effet, les moyens de protection du Maroc pour défendre l'Andalousie avaient commencé à faiblir face à une coalition ibérique de plus en plus enaçante. Le besoin incessant de ses chorfas se manifesta donc dans le combat contre la reconquista, combat mené par Moulay Ali Charif de Sijilmassa qui se déplaça en Andalousie pour répondre à l'appel des notables de la ville de Grenade, surtout qu'il venait de donner ses preuves en défendant Tanger en 841 de l'hégire.


Un siècle après, marqué par la prise de Sebta à son début et la libération d'Agadir à sa fin, le pouvoir central des Wattassides faiblit au point où celui-ci avait perdu toute crédibilité nationale. Les forces profondes populaires du pays se mobilisèrent alors, mettant à leur tête les chefs des zaouïa et du soufisme amenant ainsi au pouvoir une nouvelle dynastie, celle de la famille des chorfas sa'àdiens. Celle-ci fonda alors sa légitimité sur l'unification du pays et sa libération des convoitises étrangères, surtout des puissances ibériques, qui, en sortant à la conquête du nouveau monde, avaient occupé les côtes marocaines, oeuvrant ainsi à couper le Maroc de ses sources culturelles et spirituelles et de son activité commerciale avec l'Afrique.


La quatrième crise fut celle de l'affaiblissement de l'autorité sa'adienne et le partage du pays en de nombreuses principautés locales. C'est alors que Moulay Mohamad Ben Charif, et par la suite, son frère Moulay Rachid Ben Charif Ben Ali, dont le tombeau se trouve à Marrakech, avaient réagi à la situation en fondant votre dynastie, Sire, la glorieuse dynastie alaouite qui, tout comme celle qui l'avait précédée trouva sa légitimité dans l'unification et la libération du pays. Depuis, le Maroc recouvre sa gloire d'antan et s'engage dans sa voie naturelle à laquelle il a toujours été prédestiné, disposant dorénavant, d'une institution forte et d'une énergie spirituelle grâce auxquelles il a toujours pu affronter les données que lui impose sa situation géographique et appliquer les contenus de son message civilisationnel.


Le soufisme de son côté, qui avait fait son apparition en tant que mouvement éthique fondé sur les attitudes et le comportement de l'individu au sein de sa société, au deuxième siècle de l'hégire, a trouvé des chefs de file qui ont fondé leurs doctrines sur l'enseignement du Coran et de ses principes, comme le fait de purifier l'âme jusqu'à annihiler totalement en elle toute trace d'associationnisme afin qu'elle réserve l'Adoration et la soumission au seul Créateur en dehors de toute autre puissance. Ce qui signifie qu'ils s'ingéniaient à combattre en eux toute forme d'égoïsme ou de matérialisme pour ne jamais succomber à quelque forme que ce soit d'oppression ou de tyrannie. A partir de leur conception, qui veut qu'ils ne cessent de soumettre leur conscience à l'examen et à l'épreuve, ils ont déduit que c'est justement l'égoïsme qui finit par voiler à l'être la vérité première, celle de l'unicité de Dieu. C'est pourquoi ils ont appelé l'être à mieux connaître les dérives de ses passions et les mauvais désirs de son âme, au point d'affirmer que le fait de vaincre ses mauvais penchants se trouve être la seule voie vers la connaissance, qui selon eux, constitue la meilleure quête, puisque cette science représente l'essence même de la piété qui elle, est assimilée à la crainte de Dieu. Cette éducation de l'âme s'est fondée pour eux, sur la récitation du Coran, et dans la quête de Dieu, sur l'enseignement d'un maître, mais aussi sur la liberté et sur l'Amour (de Dieu) puis ils ont crié tout haut que le soufi ne saurait posséder ni être possédé, c'est à dire qu'il ne peut prétendre posséder quelque bien et s'il lui arrive d'en acquérir, il n'en a, en fait, qu'une délégation en tant que vicaire de Dieu sur terre. Quant à sa personne, lui­ même n'en a aucun pouvoir, comment donc peut-il être possédé par quelqu'un d'autre?


La doctrine soufi est par ailleurs fondée sur une conception riche et ouverte qui trouve ses appuis sur deux arguments: L'argument de la Loi divine qui impose fortement des limites pour la préservation des droits de la personne, puis l'argument cognitif en vertu duquel toute existence et toute action doivent se dissoudre dans la manifestation de la divinité.


L'histoire du Maroc, de la fin des chorfas Idrissides au début des Sa'adiens, lequel début, lui, correspond à un retour des chorfas à la tête du pouvoir, avait connu le gouvernement de trois empires fondés par des tribus Amazigh. La civilisation marocaine avait alors connu son apogée tant au niveau politique que culturel et scientifique. Ces dynasties berbères avaient ainsi fait de ce qu'on appelait l'Occident musulman, une forteresse inexpugnable de l'Islam à l'ombre de laquelle les Marocains ont pu réaliser ce à quoi leur foi nourrie d'une spiritualité s'inspirant de l'amour et de l'attachement au Prophète (P.S.), les prédestinait.

Le soufisme tel qu'il est apparu au Maroc à partir du 5è siècle de l'hégire avait préparé à long terme le retour logique des chorfas au pouvoir et témoigne avec force de l'attachement des populations aux descendants du Prophète (P.S.). Nous allons présenter de manière succincte quelques repères culturels en tant que prélude de cet heureux retour des chorfas, appelés à gouverner aux destinées du Maroc :

– La composition, par le cadi Yyad ibn Moussa Al Yahssibi, de sa fameuse biographie traditionniste du Prophète (P.S.) "Kitab Achifa";


– La composition, par le soufi l'Imam Assuhaïli, enterré à Marrakech, de son ouvrage "Al Rawd al Unuf";


– La prétention de Ibn Toumart, le Mahdi almohade, à un lignage Koraïchite;

– L'instauration à Sebta, par les"Azafiyin" de la fête de la naissance du Prophète (P.S.);

– Le grand intérêt que portèrent les premiers Mérinides aux chorfas dont ceux vivant en milieu urbain commencèrent à jouir de certains privilèges dus à leur rang;

– La composition, par ibn Assalek, de son ouvrage "Nash al Muluk" et où son auteur adresse des conseils aux gouvernants, notamment celui de prendre soin des chorfas, en tant qu'obligation, s'ils veulent se maintenir au pouvoir;

– La redécouverte du tombeau de Idriss II à Fès;


– La redécouverte du tombeau d'un des pôles du soufisme Marocain, Moulay Abdessalam ibn Machich dans le Mont' Alam au Nord du pays;


– La composition, par le soufi Al Jazouli de son fameux ouvrage, de la prière sur le Prophète (P.S.), "Dalil al khayrat";


– La composition, par le soufi de la zaouiya charqawiya al Ma'ti Ben Saleh, de son ouvrage "Dhakhirat al Muhtaj fi Dhikr Sahib Aliwa'wa Taj";


– L'institution des 7 patrons de Marrakech sous les Alaouites;

– La composition par le Maghrébin d'origine, al Bussayri al Kayraouani de son célèbre poème élégiaque sur le Prophète, "al Hamzya wa-l- Burda".


Pour ce qui est de l'Amour du Prophète, les soufi le puisent dans les versets où Dieu dit: "II (le prophète) vous aime et vous l'aimez"ainsi que: "Ceux qui ont cru ont un plus grand amour de Dieu". Leur doctrine sur la liberté et sur l'Amour divin, les soufi l'ont tirée à partir d'une conception de l'être dont le Prophète (P.S.) est le pivot et l'archétype. Il s'agit en l'occurrence, de l'être parfait et du code moral qu'il doit adopter envers Dieu ainsi que de sa position vis à vis des religions et de l'univers. Puisque les sociétés musulmanes, tant en Orient qu'en Occident, ressentaient quelques méfiances vis à vis du soufisme en tant qu'expérience individuelle, parce qu'elles craignaient pour la pureté doctrinale
pouvant mener à un affaiblissement de la communauté, elles allaient lui infliger la censure politique et le contrôle des fuqaha orthodoxes


Cette expérience néanmoins, par son engagement, sa patience et sa persévérance à mettre dans sa vision un souffle divin, a pu inoculer dans la société musulmane, une éthique, un savoir spirituel et une esthétique telle que l'Islam ne paraisse plus, comme le veulent ses ennemis, un simple ensemble de règlements officiels et de principes législatifs pour une société non évoluée.

Tous ces soufi qui ont fait leur apparition en Orient musulman au 2ème siècle de l'hégire et au Maghreb à partir du 5ème, se rattachent par une chaîne de garants authentique jusqu'au Prophète (P.S.)..


Partant, allaient apparaître dans la communauté musulmane trois catégories parmi les héritiers de l'envoyé de Dieu. D'abord, sa descendance par lignage, ensuite, ceux qui ont hérité de sa science à partir de ses traditions, c'est à dire les oulémas, que Dieu soit satisfait d'eux, et enfin les érudits et gnostiques à même d'interpréter le Coran et la Tradition (Sunna). Cette troisième catégorie revendique son lien avec le Prophète à partir d'une chaîne de transmission spirituelle qui fait qu'elle hérite de lui ses hautes vertus, que cet héritier appartienne à la communauté ou à la famille du Prophète. Notons enfin que, ces trois genres d'héritage se rassemblent généralement chez les meilleurs parmi les descendants du Prophète (P.S.) qui finissent par acquérir le plus grand savoir en matière charaïque à même de réaliser l'unanimité et l'union les plus parfaites. Quant à la catégorie des oulémas, surtout au Maroc, ils rassemblent entre la chari'a en tant que législation et le savoir cognitif de la Vérité, c'est à dire entre la jurisprudence et la quête individuelle de Dieu des soufi en se rattachant à leurs chaînes de transmission respectives comme cela nous apparaît dans plusieurs index et répertoires, notamment celui de Rudani portant le titre de "AI Fahrass al mawsum bi silati al khalaf bi mawsul a salaf". Enfin, pour ce qui est de l'appartenance à la doctrine soufi, elle se rattache plus à la transmission par lignage que par transmission spirituelle.


On peut aborder l'histoire du Maroc musulman à partir de deux grandes périodes:

– La période d'avant la prise de la vilIe de Sebta par les Espagnols en 1415 de l'ère grégorienne et qui s'est aractérisée, au niveau interne par l'édification d'un pouvoir central avec ses institutions propres et, au niveau international, par trois siècles de présence militaire et politique en Andalousie et, au niveau du soufisme par le rattachement à l'école de l'Egyptien al Junayd à partir de plusieurs voies dont la plus importante est celle de Abou al Fadl al Jawhari al Masri ainsi que celle, au 9è siècle de l'hégire, où les deux cheikh Ahmad Zarouq et Abou Abdallah al Jazouli sont considérés constituer les deux maillons les plus importants de la chaîne de transmission.


– La deuxième période, commence avec la reconquista espagnole et la chute de Grenade en 1492 et qui s'est caractérisée pour le pays, d'une part, par un embargo politique imposé par les pressions étrangères, et, d'autre part, par la mobilisation des forces internes du pays et par la propagation de ce que certains chercheurs ont appelé"La piété populaire", un phénomène qui a largement participé au retour des chorfas au pouvoir, portés qu'ils étaient sur le trône, par les masses populaires.


Pendant cette période, le mouvement soufi n'était nullement un mouvement d'hystérie généralisée, due à la déception causée par le déclin, mais plutôt un élan qui se proposait de réorganiser les forces vives du pays en vue de les mobiliser de nouveau et de les adapter à la nouvelle situation que la société, objectivement encadrée, était appelée à affronter.


Cet encadrement social s'est manifesté dans les différents rôles dont s'était acquitté le soufisme, surtout à l'époque alaouite, et notamment sur le plan local et aux niveaux religieux, éducatifs, socio-économiques et politiques.

Citons parmi les rôles religieux :


– La diffusion de la doctrine musulmane parmi des peuplades et des tribus se trouvant dans des régions que n'avait pas atteintes la conquête musulmane;


– L'établissement de l'enseignement islamique chez des tribus dont la foi ne dépassait guère l'appartenance à la eligion;


– L'organisation de rassemblements religieux comportant des bénéfices sociaux;

– L'organisation de la lutte nationale à des moments où le pays était menacé à partir de extérieur;


– L'organisation du pèlerinage aux lieux saints de la Mecque; Parmi les rôles éducatifs et culturels, citons entre autres:


– Le fait de veiller à faire apprendre le Coran parmi les populations;


– La construction d'instituts scientifiques et le fait d'en assurer la gestion;


– La création de bibliothèques;


– Le fait d'encourager les auteurs à composer leurs ouvrages;


– La diffusion de la culture orale dans des réunions culturelles;


Citons également, quelques rôles sociaux:


– Le renforcement de la solidarité sociale en assurant leur domicile aux pauvres ainsi que leur nourriture, surtout en période de famine;


– Assurer la sécurité des routes;


– Protection des provinces des abus des gouverneurs injustes;


– Assurer l'équilibre entre les communes en pourvoyant celles qui sont dans le besoin.

– Le contrôle des accords de coexistence entre des communes voisines dont la situation serait susceptible de donner lieu à un conflit;


– La rupture des obstacles pouvant s'élever entre tribus;


– L'encadrement de l'insertion sociale des marginaux et des étrangers;


– Faciliter la communication et l'information.

Parmi les rôles économiques, on peut citer:


– La revivification des terres mortes par leur mise en valeur agricole;


– Le reboisement;


– Le fait de sourdre les eaux des sources;


– L'organisation des arts et métiers dans les cités;


– Le contrôle de la sécurité dans les souks;


– Créer des liens entre des régions complémentaires au niveau de l'échange commercial;

Voyons à présent certains rôles politiques:


– Assurer l'allégeance à l'Imam;


– La médiation profitable entre gouvernants et gouvernés.


Quant au rôle le plus effectif du soufisme, il réside dans le fait que les Marocains ont participé de la manière la plus efficiente à diffuser la morale coranique que comporte leur méthode cognitive et à faire connaître les célébrités du mouvement en Orient et en Afrique jadis et naguère, en Europe et même en Amérique, à notre époque.


Tous ces rôles que nous venons de passer en revue montrent à quel point le soufisme marocain est marqué par son engagement au niveau social et civilisationnel. Malheureusement, l'ensemble des études de ce riche patrimoine est prédominé par le côté philosophique alors que c'est la fonction éthique et morale du mouvement soufi qu'il s'agirait de retrouver et d'analyser pour la mettre en exergue. A cet égard, l'adage soufi veut que: "Celui qui te surpasse en valeurs morales, te surpasse également en expérience soufi". Il s'agit justement de l'éthique dont ont besoin, administration, politique et commerce. Une autre sentence du soufisme proclame que "le soufi est le fils de son temps". Ce sont là certes deux dimensions de la formation de la personne que l'Islam appelle aujourd'hui de tous ces vœux et ce, dans tous les domaines de la vie.


Comme pareille orientation serait digne de nos programmes d'enseignement! L'enseignement ne devrait pas se contenter du martyr de Abou al Hossein al Hallaj ou du scepticisme et du doute d'Abou Hamid al Ghazzali ou des belles Conquêtes spirituelles de Mohyi din ibn al Arabi ou bien encore de l'esthétique poétique de Jalal Eddine Arroumi, mais devrait en plus s'ouvrir sur d'autres tendances du soufisme, d'autres écoles spirituelles comme celle de Abou al Abbas Sebti qui a construit sa doctrine sur la solidarité par le don ininterrompu, chacun devant donner à l'autre. Sa ligne de conduite avait suscité l'intérêt du philosophe Averroès qui, de Cordoue envoya jusqu'à Marrakech quelqu'un s'enquérir de sa philosophie.


Lorsque l'émissaire revint en Andalousie et fit son rapport au grand philosophe, celui-ci dit: "C'est là un homme pour qui l'existence se réalise par le don généralisé et c'est là la conception des anciens ". Averroès voulait dire par anciens, les philosophes avant Socrate.


En voulant inclure le rôle politique et socio-économique du soufisme marocain dans notre enseignement, nous n'entendons nullement signifier par là que leurs apports au niveau cognitif étaient limités ou réduits. Bien au Contraire, comme en témoigne la célébrité en dehors de leur pays qu'avaient atteinte certains soufis marocains. A cet égard, Ibn Azzayat Attadili rapporte qu'un gnostique ayant atteint un haut point dans son expérience mystique disait: "J'étais Complètement désarmé à mes débuts par l'incompréhension de mes concitoyens. Que je parle ou me taise, j'étais damné. Je partais donc en contrée étrangère où les gens ne parlent pas ma langue pour que je dise sans crainte ce qui remplit mon âme. Une fois apaisé, je retournais parmi les miens". Cet exemple, dans sa simplicité, apporte encore une fois la preuve que l'origine du martyr de Al Hallaj n'était en fait qu'une question "d'écart de langage". Tout comme ces soufis ne furent nullement des espèces de derviches négatifs et excessifs dans leur extase, les chorfas de leur côté, n'ont pas constitué une classe sociale dans le sens économique ou politique du terme, mais plutôt une élite dans le sens de symbole. Le chérif était en effet, pour le peuple, une valeur intrinsèque, valeur qu'il a héritée de celui (P.S.) de qui Dieu dit dans son Coran: "Tu es certes, d'un très noble caractère ". En plus de cette valeur, au Maroc, les chorfas jouaient un rôle fonctionnel dans l'histoire du pays, car ils étaient appelés à s'investir dans la politique de protection et d'unification de la nation sur la base de l'intégration des populations dans le système religieux, et dans le cadre d'une mobilisation des forces nationales, prenant en considération les effets d'une situation géographique exposée aux convoitises étrangères à tout moment. Partant, l'interaction entre chorfas et population, au Maroc, se fondait sur un accord moral que Ibn Assalik avait expliqué déjà à l'époque Mérinide, dans son ouvrage où il conseille les Rois musulmans"Nash Muluk al Islam", l'auteur dit en l'occurrence: "Dieu a accordé à la noble famille du Prophète des dons en abondance. Parmi les choses heureuses accordées à cette descendance directe, la revivification de la tradition de l'Elu de Dieu (P.S.), permettant ainsi à la personne d'aimer celui-ci en se soumettant respectivement aux personnes de son lignage, en leur rendant service, en faisant preuve de patience envers eux, s'il arrive qu'ils soient injustes". Telles sont les fonctions des chorfas, je veux signifier par-là surtout leur crainte révérencielle de Dieu et la peur de contrevenir à Ses ordres, en tant que modèle à suivre. Par ailleurs, une de leurs autres fonctions réside dans le fait d'inviter la communauté et de la concilier avec les nombreuses catégories de bienfaisance vis à vis de l'être humain, quel qu'il soit. Ainsi donc, les chorfas ont pu ressusciter les valeurs morales de leur ancêtre, l'élu de Dieu, et que les hommes élaissaient avec le temps, mais qu'eux défendaient avec acharnement tout en faisant l'unanimité autour de ses principes. Toutes ces actions, et d'autres encore, ils les réalisaient en tant qu'héritiers du Prophète (P.S.) et parce que justement ils y aspiraient pour le bonheur, non pas d'un groupe social déterminé, mais de tout le monde, parce que justement, leur aïeul n'a été révélé que pour le bonheur de l'humanité entière.
 

L'imaginaire marocain assimile tellement les chorfas à tout ce qui est idéal et noble, au point qu' il avait fini par ne plus concevoir le pouvoir politique qu'en liaison avec un membre de la noble famille du Prophète. Plus encore, pour le Marocain, ne peut prétendre à la wilaya chez le soufi, concept qui renvoie à la sainteté, qu'un descendant de l'envoyé de Dieu, au point où les Marocains appellent le saint patron Abu Cho'ayb qui appartenait à la confédération berbère des Sanhaja, Moulay Bou Ch'ayb et son disciple Abu Ya'za d'origine amazigh, Moulay Bou 'Azza. Parallèlement, ceux assurés de leur généalogie noble étaient loin de se contenter de ce privilège de la nature, et voulaient se rattacher à leur ancêtre spirituellement aussi. Ainsi, les formules de la belle prière du pôle Abdessalam Ben Machich, lui qui est Idrisside, comporte pourtant l'invocation suivante: "Dieu rattachez-moi à sa (le Prophète) lignée, réalisez en moi ses mérites et ses vertus et faites le moi connaître une connaissance qui m'épargne les origines de l'ignorance et qui me fasse profiter des sources du mérite et des vertus". Ainsi, ce soufi, lui dont la noblesse ne souffre aucun doute, demande à Dieu une nouvelle naissance, celle de son âme qu'il désire pure et en liaison avec le savoir dont les lumières, pour le soufi ,ne sauraient parvenir que d'une seule source, le Prophète élu (P.S.).
 

Laquelle en fin de compte des deux catégories est plus apte à ce qu'on lui applique les attributs du groupe de la communauté musulmane qui demeurera dans la voie authentique jusqu'au jour de Jugement dernier? Le rôle historique de ces deux catégories auxquelles on peut joindre les oulémas n'est pas circonstanciel, appelé donc à prendre fin avec la conjoncture, mais plutôt continu et renouvelé au présent et au futur, car ces catégories représentent la légitimité populaire, ce qu'elle renferme comme force agissante et symbolique en matière de mobilisation et d'encadrement des masses, capables de générer des énergies fondées sur les valeurs morales et esthétiques loin de toute adversité, de toute violence ou tyrannie, parce qu'émanant justement du principe de l'exaltation de la dignité humaine.


En résumé, Sire, Dieu a gratifié le Maroc de son assistance en lui insufflant les secrets de l'unité, cette unité qui rassemble entre des personnes différentes et diversifiées, un véritable renfort, qu'à chaque période de l'histoire de ce pays, une large catégorie de personnes se sont chargées d'apporter en s'acquittant de leur rôle éducatif qui émancipe l'être. La doctrine de cette catégorie sociale puise son enseignement dans le fait que le Tout Puissant a préparé
l'être humain pour qu'il soit l'image idéale de la force de la foi et l'accomplissement d'actions pieuses et dont le modèle parfait est justement votre ancêtre, le Prophète (P.S.).


L'amour dû au Prophète Mohammad et à sa descendance n'est pas seulement obligatoire, mais constitue en même temps un prélude à l'Adoration de Dieu. Par conséquent, cet amour pour le soufi, demeure tributaire de son attestation en tant que devoir et de la purification continue de l'âme. L'impact de ceux qui s'y exercent est de tous temps, et en tous lieux, parvenu jusqu'aux principes de la sagesse sur cette terre, pour enfin les surpasser pour atteindre des millions d'êtres humains en Afrique et en Asie depuis des siècles déjà, en Europe et en Amérique, actuellement.


Le monde aujourd'hui, ballotté qu'il est par les nombreuses prévisions touchant sa réalité actuelle et son destin, est appelé, afin de dépasser les crises où il se débat, d'instaurer un véritable dialogue des civilisations, afin que celles-ci se connaissent et se reconnaissent mutuellement, mais aussi effectivement dans l'ac­ceptation mutuelle. Ce dialogue devra en outre, s'instaurer sur les principes de maturité et d'équité à même de faire prospérer la bourse des valeurs morales de la même manière que celle des valeurs financières, pour que l'échange s'établisse sur la paix et la sérénité.


L'Islam a déjà ouvert cette possibilité en proclamant que :"la sagesse constitue la voie du croyant qui doit la rechercher où qu'elle se trouve" et c'est par cette quête seulement que les gens se surpasseront pour la réalisation du bien au lieu de se surpasser en injustice et en tyrannie. Une fois ces conditions et ces circonstances réalisées, le Maroc pourra alors participer le plus effectivement du monde à l'édification de la société internationale, en usant de son riche patrimoine et de ses réserves culturelles insoupçonnées.


Majesté, tous nos espoirs, nous les plaçons en votre règne prospère pour que s'établisse un pont entre notre présent et notre passé et que jaillissent les sources du bien continu dans le cœur des bienfaisants et dans l'esprit des hommes d'action qui s'engagent dans leur voie, armés d'une connaissance n'ayant pas son pareil, à savoir, la connaissance de Dieu.


Pourvu que les Marocains continuent de vivre dans la sécurité, conscients qu'ils sont de leurs valeurs morales au sein de l'accord qui s'est établi entre eux et les chorfas. Ils pourront ainsi continuer à enrichir l'humanité de ce qui est à même de l'émanciper encore plus et de réduire ses épreuves et ses souffrances.

Que Sa Majesté veuille bien conclure!


"Dieu et les anges prient sur le Prophète. O vous qui croyez, priez sur lui et accordez-lui le plus beau des saluts".


Dieu, accorde Ta prière au Prophète Mohammad et à sa famille, comme Tu l'as accordée à Abraham et à sa famille; Accorde Tes bénédictions au Prophète Mohammad comme Tu les a accordées à Abraham et à sa famille dans les mondes. Tu es le Loué, le Glorieux.


"Loué soit ton Seigneur, Seigneur de la toute puissance, loin de tout ce qu'ils fabulent. Que le salut soit sur les messagers de Dieu, louange à Dieu Maître des univers ".