L’envoyé de dieu disait encore : « il y a dans ma communauté un homme qui, au jour de la résurrection, présentera pour mes fidèles dont le nombre égalera celui des poils des moutons de Rebi’a et de Modhar » (les moutons dont les masses est les plus épaisses et les plus nombreuses que celles des moutons des autres tribus arabes).

- Mais quel est donc cet homme ? (lui demandèrent les compagnons.)
- C’est un serviteur du seigneur très haut
- Et quel est son nom ?
- Veïs Qarni
- Est il venu ou n’est il pas venu vous voir ? (demandèrent ils encore.)
- Il ne nous voit pas encore des yeux du corps. Il y a deux motifs qui l’empêchent de venir en personne pour me rendre visite : l’un c’est qu’il ne peut se résoudre à quitter un seul instant le service du seigneur très haut. Le second, c’est que, fidèle observateur de la loi, il ne veut pas pour venir laisser seule sa mère aveugle et privée de l’usage des mais et des pieds. Pendant il garde les chameaux de la tribu, et tout ce qu’il gagne à faire l’office de chamelier, il le consacre aux dépenses de sa mère et de lui-même.
- Et nous autres, pourrons nous le voir ? (demandèrent les compagnons.)
- Omar et Ali le verront très certainement ; et voici quel est son signalement : c’est un homme velu ; sur la paume de sa main gauche il y a un signe blanc de la dimension d’une pièce d’argent; lorsque vous le verrez, je vous charge de lui parvenir le salut de ma part et de lui dire d’intercéder pour mon peuple.


Lorsque Omar, que dieu l’agrée, rencontra Veïs, il vit que son degré de sainteté était plus beau que sa propre existence et que la dignité propre suprême de Khalife. Plus tard alors, lorsqu’il retourna chez lui, Omar voulu déposer le khalifat mais tous les compagnons s’écrièrent « Omar, cette dignité de khalife t’est venu d’Abou Bakr ; ne la dépose pas ; ne laisse pas perdre les affaires de tant de musulmans. La récompense de la justice pour un jour sera aussi grande que celle d’un millier d’années d’actes de piété. »

On raconte que Veïs ne se couchait jamais la nuit. Tantôt, jusqu’aux premiers rayons de l’aurore, il récitait le tasbih (l’invocation) les bras croisés sur la poitrine, droit sur ses pieds ; tantôt, il récitait le tasbih la tête inclinée, se tenant les genoux, le corps courbé en deux ; tantôt, il récitait le tasbih en appuyant sa tête sur le tapis à prière et il adorait ainsi à la manière des anges.

Il disait : « quiconque a la connaissance du seigneur très haut, rien n’est caché à ses yeux dans ce bas monde et il possède toutes les sciences terrestres. »

Quelqu’un dit à Veïs : « il y a dans tel endroit un homme qui, depuis trente ans, a creusé une tombe dans laquelle il a suspendu un linceul, et qui reste assis jour et nuit, sans relâche, auprès de cette tombe, tout baigné de pleurs. » Veïs se mit à chercher cet homme et le trouva. Il vit que son visage etait pâle et ses yeux creux. « Hé ! L’homme ! lui cria-t-il, voilà trente ans que cette tombe et ce linceul te tiennent éloigné du seigneur très haut. Tu es là les yeux fixés sur cette tombe et sur ce linceul, comme celui qui est en contemplation devant une idole. » les paroles de Veïs produisirent sur cette homme une profonde impression ; il poussa un soupire et rendit l’âme aussitôt.