C’est le martyr de la voie de la vérité.

Originaire de Beïza, dans la province de Chiraz. Il avait été élevé à Vaciet. Il resta pendant deux ans au service d’Abdou Allah Techteri. A huit ans il se rendit à Bagdad puis à Basra, où il resta au service de Omar Ben Osman Mekki. Abou Ya’qub Aqta’ ayant donné sa fille en mariage à Mansour, Omar Ben Osman en conçut du ressentiment contre celui-ci, qui alors quitta Basra pour Bagdad, où Djuneïd le fit vivre en retraite. Au bout de quelques temps, il partit pour la Ke’abah, dont il devint un visiteur assidu. Puis il retourna à Bagdad, où Djuneïd le recueillit dans sa maison. Comme Mansour lui posait des questions sur plusieurs points obscurs et difficiles, Djuneïd lui dit : « Ô Mansour ! il n’est pas loin le temps où tu feras rougir la tête du gibet.


Le jour où je ferais rougir la tête du gibet ? répondit Mansour.
Tu rejetteras le vêtement du derviche pour celui du commun des hommes. »


On raconte que, le jour où on traîna Mansour au gibet, tous les oulémas (les juristes de l’Islam) rédigèrent un acte juridique qui proclamait la nécessité de le mettre à mort.
« Il faut aussi que Djuneïd écrive sa sentence », dit le khalife.
Djuneïd se rendit à la medreceh (le collège), où, après s’être habillé comme les mollahs et avoir ceint le turban, il déclara, par un acte écrit que « si en apparence Mansour méritait qu’on le mît à mort, il possédait intérieurement la connaissance du seigneur très haut ».

Mansour disait : « Quiconque renonce à ce bas monde voit sa personne sensuelle s’élever jusqu’à l’ascétisme. Quiconque renonce à lui-même, c’est son âme qu’il voit s’élever jusqu’à l’ascétisme. »

Lorsqu’il commença à dire : ana el haqq (je suis la vérité), on alla répéter au khalife ces paroles ; et beaucoup de personnes renièrent Mansour et se posèrent en accusateurs contre lui. C’est alors que le khalife ordonna que le jetât dans le prison. Une fois Ibn ‘Atâ envoya quelqu’un lui dire : « Ô cheikh ! (Maître) fais amende honorable pour ce propos, afin d’échapper à la mort. » Halladj s’écria : « c’est à celui qui t’a charger pour moi d’un pareil message qu’il appartient de faire amende honorable ! » Ibn ‘Atâ, entendant ces paroles, versa des larmes et dit : « Voila Hussein perdu sans retour ! »

On racontait que dans la prison, il faisait, en l’espace d’une nuit et un jour, une prière de mille rak’at. « Mais, lui objecta-t-on, toi, qui prétend être dieu, à qui donc adresses-tu ces prières ? Nous autres, répondit-il, nous savons bien tout ce que nous valons. »

On raconte qu’au moment où on le ramenait vers le gibet, un derviche lui demanda, dans une foule d’au moins cent mille personnes : «qu’est ce que l’amour ?- tu le verras aujourd’hui, répondit–il, et encore demain, et encore après demain.» En effet ce premier jour on le mit à mort, le second jour on le brûla, le troisième jour on jette ses cendres au vent. Voilà quels sont les effets de l’amour !
A ce moment son serviteur lui demanda un dernier conseil : « Aie bien soin, lui répondit Mansour, d’occuper la personne sensuelle à une chose qui soit légitime, sinon c’est elle qui t’occupera à ce qui est illégitime ; or savoir ainsi se gouverner soi-même est le propre des saints. » Son fils lui demanda un dernier conseil : «Tandis que les gens de ce monde prodiguent tous leurs efforts à des œuvres terrestres, lui dit-il, applique toi dans à une chose, dont la moindre parcelle vaut mieux que tout ce que peuvent produire les génies et les hommes, je veux dire la science de la vérité.»

Une fois sur la plate forme, on lui coupa les mains. Il se prit à rire. «Pourquoi rire ? lui demanda-t-on. Lâcher une main qui est fermée à tous les hommes n’est pas bien difficile, dit-il ; mais ce serait faire acte de virilité que de couper ces attaches qui m’enchaînent aux attributs de la divinité et détournent mon esprit de la contemplation de son essence. » Puis il frotta son visage contre ses deux mains coupées, toutes sanglantes, de sorte qu’il barbouilla de sans ses bras et sa figure. Pourquoi fais-tu cela ? Lui demanda-t-on.- j’ai perdu beaucoup de sang, répondit-il, et, tant que mon visage sera pâle, vous vous imaginerez que ma pâleur tient à la crainte. Je frotte donc mon visage dans le sang afin de vous paraître tout rouge, parce que les hommes qui ont le teint coloré le doivent à leurs propres sangs (et non au fard). Mais pourquoi tes bras ?- je fais mes ablutions.- Quelles ablutions ?- Dans l’amour il y a deux rik’at pour cœur.

Ensuite on lui arracha les yeux, on lui coupa les pieds, la langue. Il était l’heure de prière de soir lorsqu’il lui trancha la tête. Il sourit pendant l’exécution et rendit l’âme.

Hussein Mansour avait dit à son serviteur : « lorsqu’on jettera mes cendres dans le fleuve, ses flots s’entrechoqueront comme s’ils allaient submerger la ville de Bagdad. Pose alors mon froc sur la rive, et aussitôt les eaux reviendront calmes comme auparavant. »