"Article paru dans le journal La Nouvelle Tribune (No 357 29/5/2003) Le compagnonnage dans l’enseignement de Sidi Hamza (première partie) : Témoignages de disciples français La causerie suivante est en deux parties. Elle s’intéresse à un autre pilier de l’éducation spirituelle en cours dans la Tarîqa Al-Qâdiriyya Al-Budchîchiyya : le compagnonnage (a-suhba) Cette causerie nous livre le témoignage de disciples français de Sidi Hamza qui ont résumé leur perception et leur vécu du compagnonnage.

 

Le soufisme est la science par laquelle on connaît les modalités du voyage vers le Roi des rois, c’est aussi la purification intérieure des vices et l’embellissement intérieur par toutes les vertus ; ou l’effacement de la créature, qu’elle soit éperdue dans la vision (shuhûd) de la Vérité (Dieu ; Al-Haqq), ou qu’il y ait retour vers le monde manifesté (al-athar) ; son début est science, son milieu action et sa fin don (de la part de Dieu ) : (IBN ‘AJÎBA Al-Hasanî Almaghribî)



Les stations qui caractérisent les Shuyukh (maîtres) : (à savoir qu’un maître d’éducation « Sheikh attarbiya » peut être dans toutes ces stations mais il doit nécessairement être un pôle (unique pour une époque) et que le Ghawth (le secours) est au dessus de toutes ces stations et est unique).

 

 

 

 

Il était une fois un cheikh qui était le plus éclairé parmi les hommes de la terre. Le peuple le considérait. Un matin, sa femme lui dit :

" Ton cœur est aussi dur que le roc ! Est ce que cela fait aussi partie des règles de la sagesse ? Tous nos enfants sont morts, et moi, à force de pleurer, je suis devenue courbée comme un arc. Toi personne ne t’a jamais vu pleurer. N’ y a-t-il pas de place pour la pitié dans ton cœur ? Nous sommes tous attachés à toi et nous te servons jour et nuit, mais que pouvons-nous espérer de quelqu’un qui ne connaît pas la pitié ? Qu’appelle-t-on un cheikh ? C’est un vieillard dont les cheveux et la barbe sont blancs. Sache que le véritable cheikh n’a pas même un poil d’existence, que ses cheveux soient noirs ou blancs, celui-là est un cheikh ! N’oublie pas que Jésus a parlé dans son berceau ! "


On raconte qu’un disciple était la Zawiya (l’endroit où se réunissent les soufis) avec son Cheikh (son Maître spirituel); il s’occupait à balayer comme d’habitude. Un étranger entra et demanda à parler au Cheikh qui accepta de le recevoir.

L’étranger lui dit : je viens te voir pour ma réussite personnelle, matérielle, je ne suis pas du tout intéressé par la vie spirituelle, ce que je veux c’est Dunya (le bas monde).

Le Cheikh lui répondit : pour moi Dunya c’est ca ! en désignant la poussière que le disciple avait amassée.


Sans un mot l’étranger ramassa la poussière et partit.


Une année passa. Le disciple s’occupait toujours du service à la zawiya. Et l’étranger revint les voir. Il raconta qu’à son retour chez lui, il avait saupoudré la poussière qu’il avait ramassée dans son unique magasin. Aujourd’hui il était content d’annoncer qu’il avait huit magasins !


Quand le disciple entendit cela il se tourna vers le Maître et lui dit qu’il était estomaqué de voir un étranger recevoir la bénédiction du maître et réussir de cette façon, alors que lui peinait jour et nuit à son service sans rien recevoir.


Le Cheikh lui répondit : ne te fâche pas. Ce que nous te réservons est infiniment meilleur que tout cela. Sois patient. Le disciple ne voulu rien entendre. Il enleva sont tablier, quitta la zawiya et son Cheikh, il quitta même le Maroc pour l’Espagne où il se maria et oublia même la prière canonique.


Les années passèrent et vint alors la dernière heure pour le disciple. Sur son lit de mort, il se retrouva entouré de la famille de sa femme, avec aucun musulman pour l’assister.


C’est à ce moment que son Cheikh lui apparut, l’exhortant à dire La ilaha illallah, Il n’y a de Dieu que Dieu, la parole qui si elle est prononcée à la fin de la vie assure la félicité éternelle. C’est ainsi que le disciple fut sauvé.


Les soufis disent que l’on ne connaîtra la valeur du Maître spirituel qu’au moment de la mort.