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Allah dit: «Et quant à ceux qui luttent pour Notre cause, Nous les guiderons certes sur Nos sentiers» (29:69).

Jabir – Que Dieu soit satisfait de lui– rapporte que le Prophète – paix et bénédictions d'Allah sur lui – revint de l’une de ses batailles et dit: «Vous avez avancé de la meilleure manière: vous êtes revenu du plus petit jihad au plus grand jihad.» Ils disent: «Et quelle est le plus grand jihad?» Il répondit:

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L'Islam est une religion de paix et d'amour par excellence; l'éthymologie même du mot vient de la racine: S.L.M , dont découle: Istislâm (soumission) et Salâm(paix), ce qui veut dire: soumission au Créateur et paix avec les créatures.

Le soufisme ou l'effort spirituel continu

Le Djihad (ou le grand Djihad) se définit comme étant l'effort spirituel continu pour acquérir les caractères nobles et se purifier. Ce combat contre l'âme charnelle (et contre Satan) doit être mené avec l'aide d'un maître spirituel vivant, qui connaît les vicissitudes de l'âme et les remèdes des cœurs. Le but est de parvenir à Sa connaissance: « Je n'ai crée les Djinns et les hommes que pour qu'ils M'adorent » (Coran,51 verset 56 ), l'adoration selon Ibn ‘Abbass (l'interprète du coran) est synonyme de la connaissance.

Sujet de thèse pour le diplôme de La Sorbonne : Al-harrâq et sa mystique
(mort en 1845)

« Allahumma correspond à Yâ Allah en éliminant le Yâ et en ajoutant le Mîm, c'est un Nom englobant l'essence divine et tous les attributs de Sa grandeur. C'est le Nom suprême chez le commun des connaisseurs. S alli , la prière sur le Prophète est de la part de Dieu une miséricorde, de la part des anges une demande de pardon et de la part des serviteurs une prière pour implorer Sa miséricorde. La miséricorde est une finesse, une sensibilité et une faiblesse du cœur. Par rapport à Dieu, il est impossible de la comprendre de la sorte, c'est plutôt la grâce et les bienfaits envers le Prophète (paix et salut sur lui). Ces bienfaits et cet élitisme sont spéciaux à l'égard du Prophète et ne peuvent être égalés par aucun de Ses bienfaits envers les autres créatures. Le prophète est la lumière de l'existence et est l'origine de toute chose créée et existante. L'existence d'une chose est une miséricorde pour elle, par conséquent le Prophète paix et salut sur lui est la miséricorde pour les univers et une guidance pour les croyants. Dieu a même fait du Prophète l'intermédiaire et la liaison, car sa station est inconnue, sa noblesse et sa grandeur ne seront jamais égalées par aucune des créatures.



Inshaqqat -qui veut dire fendre ou émerger – c'est-à-dire de sa vérité (celle du prophète : la vérité Mu h ammadiénne) lumineuse qui provient de la vérité de Son essence s'est répandu les secrets ( Asrâr sing. Sirr ) dans les secrets (les cœurs) des gnostiques et les états spirituels des réalisés. Le sirr est ce qui est profond de vérité subtile et éternelle. Cette vérité englobe toutes les vérités : de l'Essence, du Nom et de l'Attribut : elle est ce qui existe dans l'existence au-delà du temps, de l'incarnation ( al- h ulûl ) et de tout ce qui ne se mesure pas à elle.



Infalaqat veut dire apparaître de Son essence et de Sa vérité de part la constitution de sa beauté.



Al anwâr –les lumières – c'est-à-dire les attributs de l'existence (al takwîn ) sont apparus grâce à la vérité Mu h ammadiénne. C'est les lumières qui montrent la voie vers l'essence et qui à travers elles, Dieu guide celui qu'Il veut guider vers la connaissance de ces secrets qui émanent du secret Mu h ammadien qui englobe les secrets de l'univers.



Irtaqati ce verbe exprime l'élévation et la grandeur qui n'admet pas la comparaison et qui est au dessus de tout car elle se diversifie et prouve la perfection de la puissance au regard de la sagesse.



Alhaqâiq –les vérités- quelque soit ces vérités, elles sont toutes issues de la vérité A h madienne. Il est, paix et salut sur lui, le flambeau qui illumine toutes les lumières et le minerai à partir duquel tous les secrets ont été constitués.



Tanazzalat ‘ulûmu âdama (3) : c'est les noms qui constituent la beauté Mu h ammadiénne, sa vérité et son essence. Il n'y a pas de nom qui ne coïncide pas avec une de ses lumières essentielles ou avec une manifestation de ses attributs. C'est dans ce sens que le poète (4) dit : Pour toi (o Mu h ammad) a été révélé l'essence des sciences de la part du Connaisseur des secrets et parmi ces sciences les noms que Dieu avait appris à Âdam. C'est lui -paix et salut sur lui- la vérité qu'on a appelé par ces noms. Il connaissait les noms que Dieu avait révélé à Âdam et il connaissait en plus l'utilité, les qualités de ces noms et d'autres sciences que lui seul pouvait connaître.





Fa a‘jaza alkhalâiq : c'est-à-dire les créatures ont été réduits à l'incapacité et l'impuissance. Ils ne peuvent percevoir sa vérité englobant les vérités universelles. Il est le secret caché par la présence de la création qui constitue le grand voile visualisant la différence. Sa grande station dépasse ce que peut atteindre l'intellect, elle est le voile de la vérité.



Ta d âalati : ce verbe évoque aussi l'impuissance et l'imperfection.



Alfuhûm : masculin de fahm – la compréhension - c'est la lumière subtile qui permet la compréhension consciente, c'est dans ce sens que l'auteur de la Burda (5) (le manteau) dit : Comment des gens insoucieux qui sont distraits à cause de leurs rêveries pourraient comprendre sa vérité !



Si les compagnons eux même, bien qu'ils furent la meilleur communauté et que leur station fût grande, n'ont pas pu voir en Gabrielle (paix et salut sur lui) que la beauté de Di h yata Alkalbî (6) , comment alors quelqu'un pourrait comprendre la réalité de Mu h ammad (paix et salut sur lui) ?! Il est le secret protégé par l'Essence et l'origine de l'existence des créatures des cieux et de la terre…



Sâbiqun : nul parmi les précédents ne peut connaître son secret. Il est l'Imam qui devance les mondes car il est l'origine et l'explication judicieuse du monde apparent.



Wa lâ lâ h iq : Malgré sa manifestation apparente, nul parmi ceux qui sont venus après ne peut comprendre sa vérité. Il est la lumière à laquelle sont rattachées toutes les lumières par sa lumière et il est la dernière lumière.



Fariyâ d u : les paradis ou les jardins, Almalakût : Son royaume, bizahri jamâlihi : c'est le monde de lumière qui jaillit du monde de l'essence vers le monde des Noms et des Attributs.



Mûniqa : qui plait à tout ceux dont l'œil du cœur n'est pas voilé et dont la lumière du secret intime brille. En tant que vérité immuable, Dieu Se déploie (théophanie) dans le monde à travers Ses signes : Son signe le plus grand est la vérité de la beauté Mu h ammadiénne. C'est un déploiement infini d'une Création qui repose sur la "Compassion" divine ( ar-ra h man ).



Riyâ d u est utilisé ici pour faire allusion à son essence et zahri (fleurs ou parfums) est utilisé pour faire allusion à la manifestation de ses attributs : c'est le guide vers l'Essence divine, et la preuve de Sa perfection, par l'apparition des attributs et la clarté des signes.



H iyâ d u (sing. H aw d ) c'est le réservoir ou le bassin où l'eau se rassemble pour irriguer les jardins. Cela fait allusion à la vérité essentielle source de toutes les vérités qui donne la vie.



Al-jabarût : les secrets de Son Essence ( Monde de l'omnipotence et des lumières originales).


Ce monde jaillit (émane) de la lumière de l'existence cosmique ( takwîniyya). Il concerne ce que Dieu a octroyé à son élu Prophète (paix et salut sur lui), de puissance et de volonté.



Anwârihi : ses lumières essentielles



Mutadaffiqa : ces lumières jaillissent par une force et une abondance.



Wa lâ shay'a : Toute chose dans les univers.



Illâ wa huwa bihi manû t : est liée à lui car il en est l'origine. Toute chose dans les univers est une branche et une conséquence de son existence principielle et essentielle.



Idh lawla alwâsi t atu : l'intermédiaire et le moyen qui est Mu h ammad.



Ladhahaba kamâ qîla almawsû t : Si ce n'étais pas toi ô Mu h ammad qui est l'intermédiaire, toute chose ( almawsû t ) ne serait pas créée et serait anéantie ( i d ma h allat ). Ceci est une chose admise par les savants exotériques et ésotériques et reconnue par la logique et la tradition (révélée). Les choses ne seraient pas sorties du néant, si tu ne devais pas être créé.


S alâtan talîqu : une prière qui honore son rang élevé…



Bika minka ilayhi kamâ huwa ahluhu : de Toi vers lui car Tu possèdes la science ancienne et personne ne peut connaître son rang hormis Toi.



Allahumma innahu sirruka aljâmi‘u : Il est Ton secret subtile, et il est la synthèse de la lumière de Ta beauté,


Addâlu : qui s'étend et se répand pour guider vers Toi : par la parole, l'état, l'essence et l'aspiration ( himma ).



alayka : vers l'essence de s secrets de Son Essence ( Monde de l'omnipotence et des lumières originales) qui se manifeste dans le Malakût (le Royaume).



Wa h ijâbuka : c'est-à-dire le voile (Mu h ammad) que Tu as mis pour « voiler » Ta Gloire et Ta Grandeur sublime, car Tu es Le Superbe, Celui qui se magnifie ( Al-Moutakabbir ). Personne ne pourra ainsi parvenir à Ta connaissance sauf par une providence (‘ inâya ) venant de Toi. Tu T'es voilé par Ton dévoilement, car même en état de voile, Tu es Le plus apparent parmi toute chose par Tes signes évidents dans les univers.



Al-a‘a z am : Ce voile a montré Ta puissance dominante et Ta sagesse manifeste. Tu as montré le point de l'unicité dans la diversité des choses contradictoires. Tu as montré la manifestation de la proximité à travers les enceintes de l'éloignement. Tu es ainsi L'Extérieur, l'Apparent ( Az- Z ahir ) par ce qui Te cache, et Tu es L'Intérieur, le Caché ( Al-Bâ t in ) par Ta manifestation.


Tu as réalisé la vérité Mu h ammadiénne dans tout cela, Mu h ammad paix et salut sur lui est le voile venant de Toi pour Toi (pour Te voiler) et le guide vers Toi par Ta lumière première.



Alqâimu laka bayna yadayka : Ce voile est entre les Mains de Ta Contemplation ( shuhûdika ). Ne peut se trouver dans la présence de cette contemplation que celui qui dans la manifestation muhammadiénne, se réalise par les attributs de la servitude où réside les attributs de la seigneurie. La confirmation dans la station de la liberté (7) est tributaire de la confirmation dans la station de la servitude. La servitude est le talisman de la liberté et la liberté est le secret de la servitude. Celui qui réalise la servitude jusqu'à ce qu'elle soit pour lui une nature, réalisera sans doute la liberté. Et Dieu est plus Savant.



Allahumma al h iqnî binasabihi : O mon Dieu affecte moi à sa filiation lumineuse et argileuse, afin que je réalise sa vérité et que je tourne autour de son cercle (le cercle fait allusion à sa vérité) jusqu'à qu'il ne me quitte d'un clin d'œil comme cela était le cas pour le pôle Sidi ‘Abdessalam Ibn Mashîsh.



Wa h aqqiqnî bi h asabihi : Confirme o mon Dieu mon affectation à sa gloire et son honneur…Il insinue ici par le « h asab » : le breuvage, le goût et le sens de ses attributs. C'est-à-dire même si je ne suis pas à la hauteur de son rang élevé, o Dieu fasse – par Ta grâce- que je sois réalisé par ses qualités sublimes.



Wa ‘arrifnî iyyahu : Fais moi connaître le prophète paix et salut sur lui.



Ma‘rifatan : Une connaissance globale car la connaissance de l'élitisme du Prophète ne peut être attribué qu'à Dieu.



Aslamu bihâ : Tu me prémuniras et Tu me protégeras



Min mawâridi aljahl : des sources de l'ignorance et le la méconnaissance de sa valeur. Cette connaissance qui permet d'éviter la méconnaissance de sa valeur et de sa faveur se résume dans l'anéantissement ( al fanâ ) en lui. Car, si on s'anéantie en lui on sera présent et vivant par Dieu. Ceci est chez l'élite le plus haut degré car c'est le signe de la perfection. Abû Bakr avait dit à propos du Prophète : « J'ai aimé dans ce bas monde trois choses : que je m'assois entre tes mains, que je dépense mon argent pour toi, et que je prie sur toi abondamment. »


La femme d'Abû Bakr dit un jour à sa fille ‘Âïsha mère des croyantes : « remercie le Prophète paix et salut sur lui.. » (8) . Omar a dit après la mort du Prophète : « Je frapperai avec ceci (l'épée) quiconque ose prétendre que le Prophète paix et salut sur lui est mort ». Les réalisés perçoivent la présence Muhammadiénne en permanence par la grâce de Dieu.



Wa akra‘u bihâ : Je m'abreuve par cette connaissance.



Min mâwâridi alfa d l : des breuvages de la lumière des bienfaits et de la grâce. La lumière des bienfaits est la vision contemplative qu'on acquiert par l'effort continu ( almujâhada ). Sinon, cela ne peut être réellement atteint que par la grâce et la faveur purement divine sans aucune cause intermédiaire. Que Dieu prenne en sa miséricorde le poète soufi qui dit : « Je croyais que parvenir à Toi s'achetait au prix de sacrifices…Jusqu'à ce que je réalise que Tu prends en charge qui Tu veux par Ta grâce… »


Ce breuvage est le moyen d'accès à Sa présence. Ce moyen ne s'acquiert pas par les causes et ne s'obtient pas par le travail. La fin du travail ou de l'effort et son apogée, c'est le fait de s'arrêter devant Sa porte (la porte de Dieu). L'accès ou l'entrée ne peut avoir lieu que par Sa générosité.



Wa h milnî ‘alâ sabîlihi ilâ h a d ratik : porte moi par ce chemin de Ta providence -qu'est le Prophète- vers Ta présence. C'est-à-dire vers une présence où Tu seras seul sans aucun idole dans mon cœur. Le prophète (pais et salut sur lui) est la preuve et le guide vers Toi par la grâce venant de Toi. Tu lui as donné sans cause et Tu l'as enrichi sans effort. Il était la preuve de Ta générosité.



H amlan ma h fûfan binu s ratik : Tu me porteras et Tu m'entoureras de Ta victoire et Ton soutien. Celui que Tu soutiens dans le cheminement vers Toi, ne sera pas lésé ou coupé de Toi à cause des obstacles. Tu es le Parfait dans Ta puissance, et Tu le protéges de la rupture du cheminement vers Toi par la vision des lumières de Ta sublimité. Tu assistes celui qui est sincère dans sa recherche de la vision de Ta face, et dans son désir de s'arrêter avec Toi (auprès de Toi) et avec personne d'autre que Toi.



Wa qdhif bî : jettes moi, car Tes attributs cacheront mes attributs jusqu'à ce que je sois une lumière de Tes lumières : c'est l'union.



‘alâ albâ t ili : le faux, l'orgueil : l'illusion de la séparation ( al-farq ) dans l'essence de l'union( al-jam‘a ) pour les gens de l'extinction en Dieu ( fanâ ). Et l'illusion de l'union dans l'essence de la séparation pour les gens de la subsistance en Dieu ( baqâ ) (les gens qui sont dans un état où l'extinction de la conscience dans la présence divine est accompagnée d'une grande lucidité envers le monde des phénomènes ) . Pour les gnostiques nul illusion, car l'évolution de la station de la séparation ( al-farq ) (la différence : on voit les choses comme elles sont dans le monde des phénomènes : différentes les unes des autres) à la station de l'union commence par un brouillard d'illusion mais finit par la confirmation dans la station. L'évolution de la station de l'extinction en Dieu ( fanâ ) à la station de la subsistance en Dieu ( baqâ ) passe par l'anéantissement dans cette subsistance et l'extinction de l'extinction : l'absence qui augmente la présence.



Fa admaghahu : Tu me permettras de toucher le faux en pleine tête et je le tuerais… J'extrairai l'illusion de l'essence de l'union et je ne verrai plus de séparation ( al-farq ) . J'extrairai l'illusion de l'essence de la séparation et je ne verrai plus d'union ( al-jam‘a ). Je serai dans (la station) de l'union et de la séparation en même temps : l'union ne me voilera pas la séparation, ni la séparation l'union ; mon extinction ne me détournera pas de ma subsistance, ni celle-ci de mon extinction. A chaque chose sera donnée sa part qui lui revient, envers chacune, je m'acquitterai de son dû.



Wa zujja bî fî bi h âri al-a h adiyya : Fais moi entrer dans les océans de l'union. A l-a h adiyya veut dire ici l'unicité pure ou l'union qui efface tout ce qui n'est pas Dieu du cœur. Je serai porté par les vagues de Ta puissance vers les manifestations de la séparation jusqu'à ce que je sois mélangé avec le point du témoignage de Son unicité pure ou de l'union : tafrîd . Ma vision sera celle de l'unicité envers la création de la beauté essentielle dans le grand espace du dépouillement ( al-tajrîd ). Je m'arrêterai avec l'essence et je serai absent des causes et des volontés : c'est le ravissement : jadhb.


 


Wa nshulnî min aw h âli al-ttaw h îd : Fais moi sortir ô mon Dieu (car je ne dois pas rester dans le ( jadhb ) : l'inconscience, le ravissement) des obstacles qui freinent mon cheminement, et qui m'empêche d'accomplir (de parfaire) l'union ( tafrîd). Ces obstacles sont le ( tawhîd ) : l'unicité ou l'attestation de l'unicité qui amène à la séparation : la différence entre le serviteur qui atteste ( Al-muwa hh id ) et le Seigneur : le sujet de l'attestation ( Al muwa hh ad ) : Le fait de voir que l'un est le contraire de l'autre au regard de la sagesse. Ceci constitue le frein de l'accomplissement de la vision de l'union pour ceux qui croient que la proximité réside dans l'existence de l'éloignement et que le contact ( al-itti s âl ) avec Lui réside dans l'exclusion ( a tt ard ) : cela est le cheminement pure ( Al-ssulûk al-ma hd ).



Wa aghriqnî fî ‘ayni ba h ri al wa h da : après m'avoir jeté dans les océans de l'unité qui est un dépouillement et un affranchissement des altérités ( al-aghyâr ) et une absence par rapport à toute chose existante : et ceci est un union sans séparation, une vie sans mort, une bienveillance ( lu t f ) sans densité (kathâfa ), une liberté sans dépendance, une puissance au dessus de la sagesse, une imparité ( watriyyatun ) sans parité ( shaf‘iyyatun ) , une antériorité sans postériorité, une extériorité sans intériorité, une vie dans le monde spirituel sans retour dans le monde des phénomènes (manifesté), et une entrée dans l'océan profond de la vérité sans noyade ou perte de conscience.


Sors moi (sauve moi) de cette sainteté incomplète, de ces chemins touffus de l'unicité, et inonde moi dans l'essence de l'océan de l'union ou la fusion ( al-wa h da ) qui englobe la présence (la vision) seigneuriale avec son opposé qui est la servitude, et la présence de la parité dans l'essence de la présence de l'imparité. Je serai ainsi, l'isthme ( barzakh ) entre les deux choses. Je verrai l'essence des choses ( al-‘ayn ) dans la différence ( al-bayn ). J'acquérrai l'union de l'union qui est la subsistance ( baqâ ) dans l'extinction ( fanâ ) : ceci est la sainteté complète.



Hattâ lâ arâ : par l'oeil du cœur - intelligence ( al-ba s îra ) qui est aussi le lieu de l'ouie, car il voit de là où il entend, et il entend de là où il voit. Par conséquent, il peut percevoir Celui qui est partout.



Wa lâ asma‘a : par l'ouie du cœur - intelligence ( al-ba s îra ), qui est aussi le lieu de la vision, car il entend de là où il voit et il voit de là où il entend.



Wa lâ ajida : et je ne trouverai (sentirai) dans la manifestation apparente de l'existence cosmique que l'essence de l'existence cosmique, par la manifestation de l'Intérieur dans l'Extérieur (la présence de l'intériorité dans Son extériorité) et du Premier dans le Dernier (la présence de Son antériorité dans Sa postériorité).


 


Wa lâ u h issa : je ne sentirai : c'est une exagération (une insistance) au sein de la présence à cause de la prédominance de l'intérieur sur l'extérieur. Jusqu'à ce que je sente dans le monde manifesté (le monde des phénomènes) ( ‘âlam al- h iss ) ce que je sens dans le monde spirituel ( ‘âlam al-ma‘anâ ), grâce à la force de la présence et la prédominance de l'état spirituel (extatique) ( al-wajd ) sur la conscience.


 


Illâ bihâ : je ne sentirai que par l'union ( al-wa h da ). Le sens de ceci – et Dieu est plus savant- est : la demande à Dieu de l'inonder dans la présence de l'essence de l'unité jusqu'à ce qu'elle pare son intérieur et son extérieur, qu'il ne voit que par elle, qu'il n'entend que par elle et qu'il ne sent dans ses états intérieurs que par elle.



Il est d'elle et par elle dans ses deux états : intérieurs et extérieurs. C'est le sens du fameux h adîth du wali «…et lorsque Je l'aime je suis son ouie par laquelle il entend, son regard par lequel il voit, sa main par laquelle il saisit, et son pied par lequel il marche ; s'il Me demande, assurément Je l'exaucerai ; s'il cherche près de Moi asile, assurément ; Je le lui donnerai. » (9)


 


Wa j‘ali al- h ijâba al-a‘ z ama : O Dieu, fasse que le monde dense ( ‘âlam al-kathâfa ) : le voile sublime qui est le monde manifesté, s'alimentant de l'essence des attributs et se caractérisant par la vérité mu h ammadiénne. Son côté humain –paix et salut sur lui- est équivalent à l'esprit du commun parmi les créatures. Gabrielle ne s'est il pas arrêté bien au dessous de la station où le Prophète s'est arrêté à cause de ses limites humaines (10).



H ayâta rû h î : O Dieu fasse que ce voile sublime soit la vie de mon esprit : la vie de l'esprit par la présence et l'absence par rapport à une partie des choses est une absence par rapport au tout. Car, la vie de l'esprit se réalise grâce à sa contemplation complète, sa contemplation de la vérité ne peut se compléter que par la vision de la différence des silhouettes (des corps) ( al-ashbâ h ) dans tous les esprits. L'esprit sans le voile est voilé en réalité, et en sa présence (en présence du voile) il est lié et vivant.



C'est pour cela que les esprits des communs après qu'ils aient quittés les matrices ( al-ar h âm ) sont dont l'isthme et ne sont destinés ni pour la vie d'ici bas ni pour l'au delà car ils n'ont pas encore vu le monde intérieur. Les esprits de l'élite sont eux à l'intérieur des cous d'oiseaux verts qui airent au paradis et qui convergent vers des lampes suspendues au dessous du trône, pour leur permettre de savourer les moments de proximité auprès de leur Bien Aimé dans le monde des silhouettes. Ce monde implique la perfection seigneuriale par la manifestation de l'union (la fusion) dans les miracles des choses opposées s'alimentant du monde des attributs qui sont dans l'au-delà plus beaux et plus majestueux. Les communs sont -après leur mort -enveloppés dans l'essence ( al-dhdhât ). Ils sont après leur mort, cachés et intérieurs car ils se sont manifestés dans le monde d'ici bas par leur existence. L'élite, quant à elle, est, après sa mort, répandue par les attributs. Et elle est après la mort, dans la manifestation et l'illumination car elle était dans cette vie, cachée et intérieure grâce à son extinction dans la contemplation. Le fait de voir la séparation dans l'union, montre la vie de l'esprit et sa manifestation dans le monde des attributs.



Wa rû h ahu sirra h aqîqatî wa h aqîqatahu jâmi‘a a‘wâlimî : C'est-à-dire l'esprit de Son essence qui est élevé par la noblesse de Ses lumières et ne peut être comparé à un autre esprit. Son esprit ne pourra se mêler ou s'unir à un autre jusqu'à ce que ce dernier s'élève à la station spirituelle par la persévérance dans la purification : il s'élève par ce biais dans la station de lumière originale jusqu'à ce qu'il parvient à la station de l'esprit. C'est là où la réunion avec lui paix et salut sur lui se réalise. Mais cette réunion n'est qu'une réunion des rayons avec la lumière et non la réunion des lumières avec les lumières. Le prophète ne pourra en fait jamais être égalé. Il est la première manifestation de l'existence cosmique. La lumière Subtile a été projetée sur lui en premier puis, de lui ont émergé les phénomènes. Il n'y a pas au-delà de la lumière de Mu h ammad que la lumière originale. Il (Mu h ammad) voit le monde de l'omnipotence et des lumières originales ( al-jabarût ) par son affirmation en son sein. C'est pour cela qu'il a pu voir son Seigneur par l'œil de sa tête et il « ne fut plus qu'à une longueur d'arc (tout prés) ou plus prés encore » (11) , et la vision de Dieu lui était possible sans même des conséquences sur sa constitution d'humain. C'est parce qu'il est resté toujours dans le monde original et n'est apparu dans l'existence que son ombre. Les gens qui ne sont pas des experts (des connaisseurs) ont cru que c'est son essence qui est apparu. Ses compagnons ont pu le percevoir et personne d'autre.


 


Bi ta h qîqi al- h aqqi al-awwal : par la réalisation de la vérité première. Une vérité dépourvue des obstacles des formes et des voiles.


 


Yâ awwalu : O Premier en étant le Dernier sans personne avec Toi hormis Toi.


 


Yâ âkhiru : O Dernier en étant le Premier sans personne avant Toi. Que c'est merveilleux : comme l'existence se manifeste dans le néant ! Et comme se confirme Ton incidence bien que Tu aies l'attribut de l'antériorité absolue ( al-qidam ) !


 


Yâ z âhir : O l'Apparent dans Son Intériorité. Il est apparu par Son essence pour Son essence dans Son intériorité par Son essence par rapport à Son essence, car personne n'était avec Lui pour qu'Il apparaisse pour lui ou qu'Il s'intériorise par rapport à lui. Il est l'Apparent pour Son essence dans son intériorité par rapport à Son essence.


 


Yâ bâ t in : O l'Intérieur dans son extériorité (la manifestation de Ses signes). Il est Intérieur par Son essence par rapport à Son essence dans Son extériorité par Son essence pour Son essence car Il est l'Unique Existent dans Son extériorité (apparition) et Son intériorité. Il est donc l'Apparent à Son essence dans son intériorité et l'Intérieur à Son essence dans sa manifestation. Il est Lui ( huwa ), il n'y a avec Lui que Lui. Il est subtil dans Sa manifestation par Son intériorité due à Sa forte manifestation par la sagesse : on dira, Il est quelqu'un d'autre et personne d'autre avec Lui. Il est tellement subtil dans Sa manifestation et Son intériorité qu'Il se manifeste par sa forte intériorité grâce à l'omnipotence. Son sens est ainsi si fin que les compréhensions ne parviennent pas à le déceler et qu'elles restent éblouis derrière la sublimité et la magnificence. Les consciences restent incapables de comprendre dans tous les états. L'incapacité des consciences est une conscience. La sagesse de l'Omnipotent a fait qu'Il soit le Premier, le dernier, l'Apparent (l'Extérieur) et l'Intérieur.



Isma‘a : Entend ô mon seigneur



Nidâî : mon appel, et exauce le par Ta générosité grandiose.



Bimâ sami‘ta : que Tu agrées mon appel, comme pour lui paix et salut sur lui. Tu l'as laissé dans la subsistance en Toi ( baqâ ) après l'extinction. Son appel était de Toi, par Toi et pour Toi.



Nidâa ‘abdika : l'appel de Ton prophète que Tu as honoré par la servitude qui est en vérité le fait qu'il agit à Ta convenance et qu'il observe l'obéissance, qu'il suit Ta volonté et non la volonté de son âme.



Zakariyyâ : qui a mis entre les mains de Ta seigneurie sa plainte, et qui a montré son humilité, son besoin et sa faiblesse et il n'était pas malheureux (12) dans sa prière car elle fut accomplie par Ton autorisation et Ton agrément.


 


Wa n s urnî bika : donne moi la force pour que les cercles du monde manifesté qui sont l'ombre du soleil de la vérité, s'anéantissent et soient son soleil.


 


Laka : pour Toi car tout doit être pour Toi dans le commencement et la fin. »



Sidi Al ‘Arbi Addilâî, interrompt alors le récit en disant (13) : « ceci est la fin de l'interprétation de mon maître, mais j'ai eu une inspiration après avoir prié Dieu pour continuer le travail et je me suis permis malgré ma faiblesse d'intervenir (14) entre ces deux maîtres (Al- h arrâq celui qui interprète et ‘Abdessalam Ibn Mashîsh celui qui a écrit cette prière) que Dieu nous fasse profiter de leur bénédiction. Et je dis :


 


Wa ayyidnî bika lak : Il demande à Dieu le soutien par Lui pour Lui dans sa subsistance en Lui ( baqâ ). Ce n'est que grâce à ce soutien qu'il sera victorieux dans tous ses états pour que tout ce qu'il reçoit ou ce qu'il donne ne soit que par Dieu et pour Dieu.



Le soutien comme le définit Al-ghazâlî, est une consolidation du cœur – intelligence ( ba s îra ) venue de l'intérieur. C'est aussi, un affermissement des actions et une aide par les causes intermédiaires venus de l'extérieur. Il (le soutien) englobe la guidance qui provient du cœur – intelligence ( ba s îra ) et qui dévoile la réalité des choses. Il comprend de même, la maturité qui mène au bonheur, la bonne orientation vers le but ultime et la facilité pour l'atteindre.


Notre maître dit : Celui qui est guidé par Lui n'est pas absent à cause des faveurs et n'est pas subvertit par la souffrance : c'est un ésotériste en qui la conscience des causes est annihilée par la vision du Causateur des causes. Rappelle toi d'Ayyoub et Soloman (15).



Si cela est la limite (l'apogée) du soutien (divin) et ses conséquences, le gnostique réalisé doit le demander à Dieu pour parfaire sa réalisation et embellir son secret intime ( sarîra ) et son cheminement ( sayr ).



Dieu a dit à son prophète paix et salut sur lui qui est le plus grand connaisseur de Dieu et l'élu du Seigneur : « C'est Lui qui t'a soutenu par Sa victoire et par les Croyants » (16). Le soutien par Sa victoire est la vérité et le soutien par les croyants est la loi divine et la cause ( sharî‘a ). Le soutien par Sa victoire est ce qui est d'intérieur et d'ésotérique et le soutien par les croyants est ce qui est d'extérieur et de manifesté.



L'Imam demande à Dieu une volonté sur l'existence cosmique qui lui permettra de prendre de toute chose sans qu'aucune chose ne puisse le désorienter ou le distraire de Dieu. Il a eu ce qu'il voulait car Dieu lui a fait parvenir à la réalisation parfaite et la présence avec Lui. Et il fut exaucé aussi, car il a eu un disciple éminent et un soutien de Dieu en la personne d'« Abû al-hasan ashshâdhilî » qui donna naissance à cette voie (17).




Wa jma‘a baynî wa baynaka : unit entre moi et Toi, un union qui me protégera de voir un autre que Toi et grâce auquel je serai dans le chemin de la rectitude (droiture).



Il demande l'union de l'union : l'union dans la station de la subsistance en Dieu ( baqâ ) consiste à voir Dieu en toute chose, car il dit : unis entre moi et Toi. Il a confirmé ainsi son existence par son Seigneur. L'expression « inonde moi dans l'essence de l'océan de l'union ( al-wa h da ) … » fait allusion à la subsistance par Dieu ( baqâ ) après l'extinction, quant à l'extinction toute seule elle est exprimée dans : « jette moi ( zujja bî ) dans l'océan de l'unité ( al-a h adiyya )… »



Gloire à Celui qui a caché le mystère de la sainteté sous l'extérieur de la nature humaine ( bashariyya ) et qui a manifesté Sa magnificence seigneuriale en faisant apparaître l'état de la servitude.


 


Wa h ul baynî wa bayna ghayrika : épargne moi la présence dans mon cœur d'un autre que Toi. La réalité des choses réside dans leurs opposés : celui qui a fait rentré à son cœur la présence sacrée de son Seigneur le purifie de son implication dans le monde manifesté (le monde des sens) ( h iss ), jusqu'à ce qu'il parvient à Allah dépouillé : « Très certainement vous êtes venus à Nous seuls, tout comme Nous vous avions créés une première fois. » (18)


C'est pour cela qu'il dit pour terminer sa prière et pour montrer que « le terme, en vérité, est vers ton Seigneur » : (19)



Allâh, Allâh, Allâh : Il a répété trois fois ce Nom noble, pour que le lecteur s'abreuve de la clarté de l'eau de ce Nom sacré, pour qu'il frôle le sens du secret subtil, et que le Nom assure sa fonction dans son fort intérieur avec une rectitude sans déviation ou dérive.



L'Imam Al-Bukhârî dit : « chapitre de la répétition d'une parole trois fois pour l'apprentissage et pour mettre l'accent sur le fait que l'extinction est de trois sortes : une extinction dans les actions, une extinction dans les attributs, et une extinction dans l'essence (divine), la première correspond à l'établissement de la station de l'Islam, la deuxième correspond à la déclaration de la station de la foi et la troisième correspond à la présence dans la station de l'excellence. On peut dire plutôt que la première est le chemin vers Dieu, la deuxième est l'extinction en Lui et la troisième la subsistance par Lui ( baqâ ). Et Dieu est plus savant ».



Quand le prophète a émigré par son esprit ( rû h âniyyatihi ) de la Mecque de son humanité ( bashariyyatihi ), une émigration qui représente son effort spirituel ( mujâhadatihi ), vers Médine qui représente sa vision contemplative ( mushâhadatihi ), il a été appelé par l'annonciateur de son arrivée qui lui annonça la bonne nouvelle ( bishâratihi ) (il a parfait son effort et en a récolté les fruits, car il parvint à Son seigneur : le terme de son voyage).



Inna alladhî fara d a ‘alayka al-qurâna la râddika ilâ ma‘âd : c'est le verset coranique : « Oui, Celui qui t'a prescrit le Coran te ramènera certainement à un (beau) lieu de retour ». (20)


Ma‘âd : est un des noms de la Mecque.



Quand le connaisseur (le gnostique) s'affirme dans l'extinction et la vision, il revient à la subsistance par Dieu ( baqâ ), en se félicitant de la bonne nouvelle de l'ouverture ( al-fat h ), et de la rencontre (avec Dieu), content et joyeux, soutenu et victorieux.



Quand Le prophète paix et salut sur lui, quitta la Mecque il dit : « O Dieu, Tu m'as fait sortir de l'endroit le plus chère à moi, installe moi alors dans l'endroit le plus chère à Toi ». Le verset coranique suivant lui fut alors révélé : « Inna alladhî fara d a ‘alayka al-qurâna la râddika ilâ ma‘âd » : Dieu lui promis qu'il reviendra à la Mecque et ce fut accompli en l'année de la conquête ( ‘âmu al-fat h ). Le prophète rentra à la Mecque soutenu et victorieux. Sa religion fut honorée au dessus de tout et c'est à Dieu que revient la finale de toute chose.


Le gnostique est toujours dans le besoin permanent de Dieu ( i dt irâr ), il est tourné dans ses décisions vers Dieu seul, et il dépend entièrement de Sa faveur. Ainsi, le pôle continue à implorer la faveur divine en évoquant le verset :



Rabbanâ âtinâ min ladunka ra h matan wa hayyi' lanâ min amrinâ rashadâ : « O notre Seigneur, apporte nous de Ta part une miséricorde ; et arrange-nous une bonne conduite de notre affaire » (21) : le pôle (auteur de cette prière) demande à Dieu Sa miséricorde spéciale avec laquelle Il recouvre l'élu de l'élite. Il classe cette miséricorde parmi les dons purs ( min ladunka ) : qui viennent de Toi. Il a demandé à Dieu le secours et l'assistance ( madad ) sans un intermédiaire, un effort, ou une cause. En effet, le connaisseur accompli n'a plus entre lui et son Seigneur aucun voile ( h ijâb ). On peut dire aussi : quand le gnostique s'installa dans la caverne de l'existence cosmique chez Dieu seul (avec Dieu), il demanda comme l'avaient demandé auparavant les gens de la caverne quand ils se sont consacrés à Dieu et se sont remis à Lui seul: « Quand les jeunes gens se réfugièrent dans la caverne et dirent : « Notre Seigneur ! Apporte nous de Ta part une miséricorde et fais en sorte que notre conduite nous mette sur la juste voie » » (22) : Dieu les a ainsi reposé et leur a épargné les souffrances et les épreuves de ce bas monde par le biais du sommeil qui est un repos extérieur. Comme Dieu leur a évité les tracas dans le monde sensible (extérieur), Il a reposé leurs esprits dans le monde intérieur en leur épargnant la perception des choses créées ( al-âthâr ). Le prophète paix et salut sur lui a dit : « le repos du serviteur est auprès de son Seigneur ». Le connaisseur ne demande à Dieu que Sa proximité et l'observance des bonnes convenances ( al-adab ) à Son égard.



Notre maître dit dans ses sagesses : « demande à Lui le soutien dans ta volonté et qu'Il te protége des causes de l'éloignement (de Lui) », Ibn ‘a t â Allah dit dans ses sagesses à ce propos : « Les connaisseurs ( ‘ârifîn ) demandent à Dieu d'être sincères dans le service, et d'observer les droits de la seigneurie ».



Les bonnes convenances ( al-adab ) à Son égard sont proportionnelles à la proximité (de Lui). Dieu –Vérité n'a pas de fin et les convenances ( al-âdâb ) du connaisseur n'ont -eux aussi- pas de fin. C'est pour cela que le prophète disait : « Je suis celui qui connaît le plus Dieu, et celui qui Le craint le plus ». Ceci, car les connaisseurs perçoivent Sa grandeur, Sa majesté et Sa beauté.



Lorsque le pôle a pu percevoir Sa sublimité, il s'est convaincu de son impuissance et son humilité vis-à-vis de Son seigneur, il chanta alors Sa gloire en évoquant le verset : « Gloire et pureté à ton Seigneur, le Maître de la puissance et de la considération, très au-dessus des descriptions qu'ils inventent. Paix et salut aux messagers et la louange est à Dieu, Seigneur et Maître des univers » (23). Il fit savoir ainsi, que seul Dieu peut connaître Dieu, et que personne ne peut Le décrire ou L'apprécier à sa juste valeur, même les purs adorateurs ou les connaisseurs : « Et ils n'englobent rien de Son savoir sauf ce qu'Il veut bien » (24).



Il a clôturé sa prière par ce verset « Gloire et pureté à ton Seigneur, le Maître de la puissance.. » car la tradition incite à couronner les prières par cette noble parole divine.


Ceci est la fin de cette interprétation par l'aide et le bon soutien divin. »



(1) Sidi Al ‘Arbi Addilâî, ManâqibAsh-sharîf Abi ‘AbdiAllah Muhammad ibn Muhammad Al- H arrâq Al-‘Alamî Atti t wanî, manuscrit numéro 275, Rabat Page : 121-132 Chapitre 5



(3) Il est fait allusion au verset coranique : « Il enseigna à Adam les noms et caractéristiques de toutes choses puis exposa aux anges les porteurs de ces noms et leur demanda : « Informez Moi des noms de ces choses si vous êtes véridiques » Sourate II verset 31


La science humaine est elle autre chose que la connaissance des noms et caractéristiques ou propriétés des choses de ce monde sans jamais en connaître l'essence ou l'entité ? C'est donc cette science enseignée par Dieu au premier homme qui a justifié aux yeux des anges (d'abord récalcitrants) le droit de l'Homme à la lieutenance sur terre. Al Qur'ân Alkarîm, traduction et notes Dr Salah Eddine Kechrid, édition Dar Algharb Al islâmî, p:8


(4) Il s'agit d'Albû s îrî dans sa fameuse Humaziyya. Le maître fait référence à ses poèmes à plusieurs reprises dans le citer.


(5) Il s'agit d'Albû s îrî


(6) Dans le fameux Hadîth de Jibrîl, où Gabrielle interroge le Prophète sur la religion en présence des compagnons, Gabrielle est descendu exceptionnellement sous la forme humaine d'un compagnon qui était très beau qui s'appelle Di h yat.


(7) Ce terme a été évoqué plusieurs fois par le maître dans ses écrits, il fait allusion au détachement du cœur et au fait que la volonté du serviteur « libre » s'harmonise avec la Volonté du Seigneur : il veut par Dieu et de Dieu.


(8)Il fait allusion à l'événement du « Ifk » : le mensonge à l'égard de ‘Âïsha : elle a été accusé à tord d'adultère par les hypocrites et le Coran l'a innocenté…On lui demanda alors de remercier le Prophète qui est venu lui annoncé la nouvelle, mais elle dit, je remercie plutôt Dieu car c'est Lui qui m'a innocenté. Beaucoup de soufis commentent cet événement en disant que ‘Âïsha était (baignait) dans la station Al h adiyya (de la contemplation de Dieu l'unique) et n'a pas eu conscience des convenances à l'égard du Prophète. Al- H arrâq ici s'abstient de tout commentaire.


Ibn ‘atâ allah dit au sujet de cet événement : « lorsque Aïsha fut justifiée par la Révélation et que cette justification fut proclamée par la bouche de l'envoyé, Abû bakr dit à sa fille : « Remercie l'envoyé de Dieu ! »


Elle répliqua : « Par Dieu, je ne remercierai que Dieu seul ! » En cette circonstance, Abû Bakr lui montrait la station la plus parfaite, celle de la subsistance (baqâ) qui permet d'être conscient des créatures. Dieu n'a-t-il pas dit : « Sois reconnaissant envers ton père et ta mère » ? (Coran XXXI, 13).


L'envoyé de Dieu n'a-t-il pas déclaré : « N'est pas reconnaissant envers Dieu celui qui ne l'est pas envers les hommes » ? Mais, à ce moment, Aïsha était arrachée à la perception des objets extérieurs, inconsciente des créatures et ne voyait que l'Unique, le Triomphant. » Ref : Hikam : paroles de sagesse d'Ibn ‘Atâ-Illah al-Iskandarî, traduite de l'arabe par El-Hâj ‘Abd-ar-Rahmâne Buret 2éme épître p : 124


(9)C'est un Hadith qudsî qui commence par : « Allah exalté a dit : celui qui fait montre d'hostilité envers un de Mes Walis (saints ou amis de Dieu) je lui déclare la guerre.. » H adith rapporté par al-Bukhârî.


(10) L'allusion est faite ici au voyage ascensionnel du Prophète vers la présence et la vision divine effective : juste avant l'accès à cette vision réelle Gabrielle dit au Prophète : « si tu continues tu perces (grâce à la prédisposition venant de Dieu), et si je continue je brûle.. »


(11)Coran Sourate 53 verset : 9


(12) L'allusion est faite aux versets de la Sourate de Marie : « C'est l'évocation de la miséricorde que ton Seigneur accorda à Son humble adorateur Zacharie. Lorsqu'il adressa à son Seigneur un appel discret. Il dit : « Seigneur ! Voilà que mes os se sont affaiblis et que ma tête s'est enflammée de cheveux blancs et, grâce aux invocations que je T'ai, Seigneur, toujours adressées, je n'ai jamais été un misérable (un malheureux) » » Sourate XIX versets : 2-4


(13) Sidi Al ‘Arbi Addilâî, ManâqibAsh-sharîf Abi ‘AbdiAllah Muhammad ibn Muhammad Al- H arrâq Al-‘Alamî Atti t wanî, manuscrit numéro 275, Rabat Page : 129 Chapitre 5


(14) Ce disciple a certainement repris les propos oraux qu'il avait entendu de son maître pour continuer à expliquer cette prière et d'ailleurs, il citera son maître à plusieurs reprises.


(15) Le premier était un prophète des plus patients malgré les épreuves surhumaines qu'il avait subi, et le deuxième était un prophète roi (l'épreuve de la richesse et du pouvoir sur terre). Malgré cela, les deux personnages sont restés humbles et reconnaissants envers le Causateur. L'analogie est faite surtout entre ce prophète et Ibn Mashîsh car le premier a eu grâce à cet appel son enfant Jean (ya h yâ) bien qu'il eut dépassé l'âge d'enfanter …Ibn Mashîsh quand à lui a eu une progéniture spirituelle en la personne d'Abî Al-hasan shâdhilî qui fut d'ailleurs son unique disciple .


(16) Coran Sourate IIX, verset 62.


(17) L'allusion est faite à la voie shâdhiliyya, car Al- h arrâq fut le disciple des Darqawas qui suivent l'enseignement de la shâdhiliyya.


(18)Coran : Sourate VI verset 94


(19)Coran : Sourate 53 verset 42


(20) Sourate 28 verset 85.


(21) Coran Sourate 18 verset 10


(22)Coran, Sourate 18 verset :10 :c'est le récit des « sept dormants » qui seraient des princes Byzantins qui auraient fui les fausses croyances de leur peuple et se seraient réfugiés dans une caverne avec leur chien. Dieu les fit dormir trois cent neuf ans et obstrua l'entr&eacu"

Note :

La version transcrite de cette
invocation due à Sidi Abdessalâm Ibn Mashîsh : Pour la version arabe
consulter le « Dalîl al-khayrât de l’Imam Al-jazûlî » :


« Allahumma salli a‘lâ man minhi Inshaqqat
al-asrâr wa Infalaqati al-anwâr wa fîhi Irtaqati al-haqâiq wa tanazzalat
‘ulûmu âdama fa a‘jaza alkhalâiq wa lahu Tadâalati Al-fuhûm fa lam
yudrikhu minnâ Sâbiqun wa lâ lâhiqun fariyâdu al-malakûtu bizahri
jamâlihi mûniqa wa Hstyle='color:black'>iyâdu al-jabarûti bifaydi anwârihi
mutadaffiqa
Wa lâ shay’a illâ wa huwa bihî manût idh lawlâ
al-wâsitatu ladhahaba kamâ qîla al-mawsût Salâtan talîqu Bika
minka ilayhi kamâ huwa ahluhu. Allahumma innahu sirruka aljâmi‘u
addâllu ‘alayka wa hijâbuka al-a‘zamu al-qâimu laka bayna yadyka.
Allahumma alhiqnî binasabihi wa haqqiqnî bihasabihi. Wa ‘arrifnî iyyahu ma‘rifatan aslamu bihâ min mawâridi aljahl Wa akra‘u bihâ min
mâwâridi alfadl, wa hmilnî ‘lâ sabîlihi ilâ hadratik hamlan
mahfufan binusratik, wa qdhif bî ‘alâ al-bâtil fa
adhmaghahu, wa zujja bî fî bihâri al-ahadiyya, wa nshulnî min awhâli
al-ttawhîd, wa aghriqnî fî ‘ayni bahri al-wahda hattâ
lâ arâ wa lâ asma‘a wa lâ ajida wa lâ uhissa illâ bihâ. Wa j‘ali al-hijâba
al-a‘zama hayâta rûhî wa rûhahu sirra haqîqatî wa haqîqatahu jâmi‘a ‘awâlimî bi tahqîqi al-haqqi
al-awwali : Yâ awwalu, yâ âkhiru, yâ zâhiru, yâ bâtin,
isma‘a nidâî bimâ sami‘ata bihi nidâa ‘abdika sayyidinâ Zakariyyâ ‘alayhi
assalâm, wa nsurnî bika lak wa ayyidnî bika lak wa jma‘a baynî wa baynak
wa hul baynî wa bayna ghayrik, Allâh , Allâh, Allâh. Inna
alladhî farada ‘alayka al-qurâna la râddika ilâ ma‘âd. Rabbanâ âtinâ min
ladunka rahmatan wa hayyi’ lanâ min amrinâ rashadâ. »style='mso-bidi-font-style:normal'>

 

Entretien avec M. Faouzi Skali

La question du hal, de la hadra et des danses extatiques par apport à la Shari’a

Est-ce que toutes les turuq se disant soufies le sont réellement ?

Dans quelle mesure, telle voie est vivante, actuelle, et d’une pleine efficience spirituelle, peut-elle communiquer un véritable enseignement spirituel ?

Quelles sont les grandes et véritables voies spirituelles de l’Islam de notre époque, au Maroc et à travers le monde ?


"Le soufisme dans la société contemporaine"

Entretien avec M. Faouzi Skali

Dans nos éditions d’hier, nous avons publié la première partie de l’entretien que nous a accordée M. Faouzi Skali, docteur en anthropologie, ethnologie et sciences des religions sur le soufisme en marge du colloque qui se tiendra à Fès demain samedi sous le thème : "le soufisme dans la société contemporaine".


 

Dans cette deuxième partie que nous publions aujourd’hui, M. Faouzi Skali fait le point sur les turuq (pl. de tariqa) soufies et les voies spirituelles de l’Islam.


 

Si pour certains, la démarche soufie est conforme à la Sharia et à la Sunna, que répondez vous à ceux qui réfutent cette conformité en ce qui concerne notamment les hals, la hadra et les danses extatiques, en proclamant que le Prophète n’a jamais autorisé, ni initié, ces pratiques ?


 

« Il y a des erreurs de perspectives historiques qui sont classiques dans ce domaine. Parce que si on se référait, dans le sens formel, et strictement à ce qu’il y avait uniquement au temps du Prophète (S.W.S.), toutes les autres sciences ne devraient pas exister : la science des hadiths ne devrait pas exister car elle n’est venue qu’après ; la science de l’exégèse du Coran est venue après ; la grammaire arabe qui s’est d’ailleurs particulièrement développée par des non-Arabes ; même le fiqh (la jurisprudence) qui a évolué et qui doit évoluer sans cesse à travers le temps et prendre des formes multiples répondant aux différentes exigences de chaque société et de chaque temps. C’est pour cela, d’une façon simultanée, et pour la même époque, qu’il y a eu des écoles du fiqh, reconnues toutes aussi valables, bien que différentes : le rite malikite, le rite hambalite, le rite hanifite, le rite châfiite.


 

Bien que ces écoles ne résolvent pas les problèmes de la même manière, elles se reconnaissent comme également valables. Cette évolution, du fait que cette Révélation elle-même se révélait en fonction des circonstances (Asbâb Al Nouzoul) - ce qui l’enlève rien à sa sacralité et à l’éternité de la Parole divine - Elle est un signe manifeste. Il y a une part de la contingence sociale et historique que nous enseigne la "pédagogie" de la Révélation. Pour ce qui est des "états spirituels" (hals), lorsque le Prophète (S.W.S.) était en prière, on rapporte que ses compagnons entendaient un bruit dans sa poitrine, comme "une marmite en bouillonnement", et lorsqu’il recevait la Révélation, il y avait comme une sorte de "bourdonnement d’un essaim d’abeille".


 

Bien entendu, la Révélation est spécifique au Prophète, mais la prière du Prophète était vécue d’une manière extrêmement intense sur le plan intérieur pour susciter ce "bouillonnement", mais qui, malgré qu’il était contenu, était entendu par ceux qui étaient derrière le Prophète. Il y eut des formes de hals, par exemple lorsque le Prophète (S.W.S.) dit à Sidna Jaffar Ibn Abi Tâlib (son neveu) : "tu m’as ressemblé dans mon comportement et ma physionomie" ; ce dernier en a tellement été heureux qu’il s’est mis à danser de joie sur un seul pied. Il faut savoir l’effet que les paroles du Prophète (S.W.S.) faisaient sur chacun de ses compagnons, à tel point que dès après la mort du Prophète (S.W.S.) beaucoup de ses compagnons vivaient simplement par le fait qu’un jour il leur avait dit telle ou telle parole qui était devenue une nourriture spirituelle et dont ils conservaient la flamme avec ferveur. Tous ces vécus spirituels sont des réalités de l’époque du Prophète (S.W.S.). On disait d’Abou Bakr qu’il avait comme deux traits sur les joues tellement il pleurait. Cela est aussi une forme de "hal" (états spirituels). Ce vécu du cœur est quelque chose d’extrêmement présent et important à l’époque du Prophète (S.W.S.).


 

Cependant, dans des périodes de "sécheresse" intérieure, on faisait de l’Islam une chose purement formelle et extérieure - ce qui était loin de l’esprit du Prophète - ce qui avait été dénoncé par de grands savants comme Ghazali, et bien d’autres. Des enseignements sont mis en place pour réveiller ce cœur, pour à nouveau le revivifier - c’est le sens du titre du livre de Ghazali "Revification des sciences de la religion", c’est-à-dire la revification du cœur de la Religion -. A ce moment là, par ces pratiques, le cœur réagit d’une certaine façon d’où les hadra, les états extatiques, etc… qui peuvent parfois surprendre dans une époque où l’on a perdu cette dimension là, mais qui constituent vraiment la dimension la plus profonde et importante de la religion, sans laquelle la religion ne pourrait être qu’un système formel parmi d’autres et perdre sa dimension spirituelle.


 

Parmi les hadiths qui ont insisté sur cette dimension, citons : "Dieu ne regarde pas vos formes et vos actes, mais regarde dans vos coeurs" ou encore "Il a dans le corps un "morceau de chair…" (qui symbolise le coeur), si ce morceau de chair est sain, tout le corps est sain, s’il n’est pas sain, tout le corps est malsain". Et certains hadiths indiquent qu’il arrivera des temps où l’on verra de nombreuses personnes prier de la manière la plus formelle et adéquate possible, mais qu’en réalité tout cela ne sera aucunement conforme à une véritable spiritualité.


 

C’est pour cela que le soufisme aujourd’hui n’est pas simplement quelque chose de marginal sur lequel il faut réfléchir, mais il constitue véritablement le cœur de la tradition de l’Islam. Et lorsqu’il s’agit de "revenir" à l’Islam, comme on entend dire souvent, il ne s’agit pas d’enjamber l’histoire ou de remonter le temps (ce qui est de toute évidence impossible et ce qui ne correspond pas à la "Sunna" de Dieu, aux règles que Dieu a institué....), il s’agit de revenir au cœur de cette tradition à partir duquel celle-ci est vécue dans sa véritable signification et authenticité. »



 

Est-ce que toutes les turuq se disant soufies le sont réellement ?


 

« Dans les voies soufies, il y a ce qu’il arrive pour toute chose. En fin de compte, l’Islam est venu parce que Dieu a considéré qu’il y avait eu une certaine déviation faite par des hommes. Les voies soufies sont soumises aux mêmes règles : on peut dire qu’au bout d’un certain temps, lorsqu’elles perdent leurs vitalités premières, elles peuvent être dévoyées, déviées de leurs sens. Mais cela ne veut pas dire que la voie elle-même est remise en cause intrinsèquement.


 

C’est la loi d’une certaine déclinaison nécessaire de tout ce qui existe dans ce monde. Pour qu’elle continue à avoir son sens premier, elle doit être réactualisée, revivifiée. C’est ce que font les guides spirituels des voies soufies qui viennent réactualiser de temps en temps cet enseignement. C’est ce que l’on appelle "le Tajdid". Il y a un hadith qui dit qu’"à chaque cycle, quelqu’un viendra revivifier et renouveler les choses de cette religion". Il s’agit bien entendu pas de renouveler les arcanes, puisque la Sunna est intangible et d’actualité quel que soit le temps, mais on renouvelle l’esprit de la religion, la spiritualité. Cela est effectivement quelque chose que l’on perd trop facilement, parce que c’est une question de conscience que l’on peut avoir ou pas.


 

Pour pouvoir raviver cette conscience, il faut avoir un enseignant qui puisse le faire. Pour que cet enseignement puisse avoir cet effet, il faut qu’il soit donné par quelqu’un qui est lui-même dans cette spiritualité. D’où l’importance et le rôle des enseignements spirituels dans toute l’histoire de l’Islam. On peut citer de nombreuses personnalités spirituelles qui ont joué un rôle majeur : Abdelkader Jilani, Abdessalam Bnou Machich, Abou Hassan Shadili, Ahmed Tijani, Moulay Al Arbi Ad Darqawi, Ibn Arabî, Rumî, et bien d’autres...


 

En définitive, c’est ainsi que se réalisent la vérité et l’authenticité d’un enseignement spirituel, et c’est cela qui différencie une voie d’une autre. »



 

Dans quelle mesure, telle voie est vivante, actuelle, et d’une pleine efficience spirituelle, peut-elle communiquer un véritable enseignement spirituel ?


 

« La différence entre les voies n’est pas formelle, mais c’est une différence de degré de vitalité. Il y a donc des voies malgré qu’elles perdent la présence des enseignements spirituels qui les ont fondées continuent de se maintenir dans une certaine dimension qui reste de "culture spirituelle", c’est ce que l’on appelle les voies de "tabarouk", et il y a les voies qui ont cette dimension de présence et d’actualité tout à fait réelle à un certain moment et qui sont communiquées à travers un enseignant et un enseignement spirituel vivant. C’est ce que l’on appelle les voies d’initiation et d’éducation spirituelle. Quel qu’il en soit, le soufisme imprègne et a imprégné le climat général des différentes sociétés et cultures de la civilisation islamique. Aujourd’hui, évidemment, il prend des formes qui ne sont pas celles du passé, mais qui ne sont pas moins liées aussi à sa tradition. C’est une tradition actualisée et vivante. »



 

Quelles sont les grandes et véritables voies spirituelles de l’Islam de notre époque, au Maroc et à travers le monde ?


 

« Je ne peux parler que de mon expérience : je sais qu’actuellement la voie Boutchichiya Kadiriya donne un enseignement aussi bien au Maroc que dans le monde. Elle est reconnue d’une façon internationale comme une des grandes voies. Et il n’a pas été d’exemple à travers l’histoire de voie qui ait atteint ce degré de diffusion et de reconnaissance, qui n’ait pas été réellement considérée comme un des grands moments du soufisme par la suite. Je crois que ce consensus autour d’une voie est un élément déterminant de sa reconnaissance et de son rôle. »