« Le voyage […] dévoile le caractère des hommes » (Ibn ‘Arabî, De la connaissance des hommes).

 

« Tu es à jamais voyageur, de même que tu ne peux t’établir nulle part » (Ibn ‘Arabî, Illuminations de La Mecque).

 

Ibn ‘Arabî (né en 560/1165, mort en 838/1240), surnommé al-Shaykh al-Akbar, le plus grand des maîtres du soufisme et de la mystique islamique.

 

Dans ce traité, fondé pour l’essentiel sur l’interprétation du Coran, Ibn ‘Arabî se limite à mentionner les voyages accomplis par les prophètes, les voyages divins, les voyages des entités spirituelles. « Afin de montrer ce que l’on doit désirer comme voyage » (‘Arabî, 1994, p.11), il nous invite à suivre les voyages d’Enoch, de Noé, d’Abraham, de Loth, de Jacob et de Joseph, de Moïse et à bénéficier de leurs effets.

 

 

alt

L’état de servitude (al-ubu?diyya)

 

 

 

 

 (?????? ???? ???? ????????? ????????)

 

« Et adore ton Seigneur jusqu’à ce que te vienne la certitude ! » [Sourate al-?ijr, 15:99].

 


      Al-
ubu?diyya désigne d’une manière générale l’état de servitude caractéristique de la condition d’être créé et opposé à l’état de Seigneurie (rubu?biyya) qui appartient au seul Créateur (al-rabb). L’imam Qushayri? (m. 465/1074) et l’imam Ibn Aji?ba (m. 1224/1809) distinguent tous deux trois degrés dans l’état de servitude.

     C’est ainsi que l’imam Qushayri? rapporte la parole suivante du maître Abu? Ali? al-Daqqa?q: « L’obédience (ou la servitude) est plus complète que l’observance (iba?da). Le premier degré est l’observance (iba?da), le deuxième l’obédience (ubu?diyya), et le troisième la dévotion (ubu?da). La iba?da est pour le vulgaire, la ubu?diyya est pour l’élite, et la ubu?da est pour les élus de l’élite. » Il a dit également : « La iba?da est pour ceux qui possèdent la science de la certitude, la  ubu?diyya est pour ceux qui possèdent l’œil de la certitude, et la ubu?da est pour ceux qui possèdent la réalité de la certitude. » 

alt

 

 

     Le siy?m khus?s al khus?s (le jeûne de l'élite de l'élite) est le jeûne du cœur qui se détourne des préoccupations mondaines et des pensées vaines et qui fuit tout autre qu'Allah (swt).
     La rupture est réalisée lorsque la pensée se porte sur un autre qu'Allah, ou sur autre chose que le Jour du Jugement Dernier. A titre d'exemple, le simple fait de s'inquiéter de ce avec quoi l'on va rompre le jeûne met un terme au siy?m khus?s al khus?s, car il s'agit là d'un manque de confiance en Allah qui a promis la subsistance. On voit l'exigence de ce niveau de jeûne, il n'y a donc pas grand choses d'autre à préciser, il se résume à l'orientation exclusive du cœur vers Dieu.

alt

La sainteté (al-wal?ya) 

 « N’est-il pas vrai que les protégés (awliya?) de Dieu ne connaissent ni la peur ni l’affliction ? »[1]

 

 

« En de telles circonstances [on voit bien] qu’il n’est de protection (wala?ya) qu’en Dieu. Récompensant mieux [que quiconque, Il est garant de] la meilleure issue. »[2]

 

Étymologie 

     La traduction en langue française des termes wala?ya et wali? par « sainteté » et « saint », si elle est communément et largement acceptée, présente cependant une exactitude : l’idée de « sainteté » qui appartient au Christianisme ne se trouve pas dans la racine arabe W-L-Y, qui contient essentiellement l’idée de « proximité ». Par contre, la réalité que ces deux formes traditionnelles (le Christianisme et l’Islam) désignent par deux notions différentes est le même.

     Comme le souligne Michel Chodkiewicz, deux familles de significations dérivent du sens premier de « proximité » attaché à la racine W-L-Y : « être ami », d’une part, « gouverner, diriger, prendre en charge », d’autre part. Le wali?, c’est donc proprement l’« ami », celui qui est proche mais aussi, comme le souligne par exemple Ibn Manzu?r dans le Lisa?n al-arab, le na??ir, « celui qui assiste », le mudabbir, « celui qui régit ».[3]

 

Origine du terme 

     Les élaborations doctrinales des notions de wali? et de wala?ya partent d’abord du Coran, puis du ?adith. D’après Hujwiri? (11e siècle) dans son Kashf al-ma?ju?b[4], c’est Hakim Tirmidhi? (m. 930) qui, le premier, aurait introduit le vocable wala?ya dans le lexique technique du soufisme.